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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/635

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de la défiance. C’est ainsi que Camille de Villeroy, malgré sa dignité d’archevêque de Lyon et la parenté qui l’unissait au maréchal pour lequel Louis XIV avait tant d’amitié, ne put réussir à se faire désigner. Le gouvernement se fonda sur ce que l’assemblée avait à débattre, non des questions de temporel, mais un point d’une nature quelque peu théologique, pour ne pas observer les règles auxquelles on s’était jusqu’alors astreint dans les élections. Par exemple les provinces eurent la faculté de prendre leurs députés parmi les ecclésiastiques qui n’y possédaient pas de bénéfices.

Pendant qu’on procédait au choix de ces mandataires spéciaux, les négociations se poursuivaient activement près du saint-siège, mais elles n’avançaient pas. Tout annonçait qu’Innocent XI persévérerait dans ses sentimens. C’était là ce qui inquiétait l’opinion. On se préoccupait de ce qu’allait faire une assemblée dont on ne contestait pas les lumières, mais à laquelle on voyait imposer une mission des plus délicates. Plusieurs conseillers de Louis XIV, et en première ligne Colbert, le plus résolu dans l’opposition à Innocent XI, étaient d’avis que le roi ne devait pas abandonner l’assemblée à sa libre initiative, qu’il importait que les commissaires royaux formulassent les points qu’il s’agissait d’établir et les présentassent à cette compagnie afin qu’elle y donnât son acquiescement. D’autres pensaient différemment. C’est au milieu de ces incertitudes que l’assemblée se réunit à Paris, dans l’automne de 1681. Elle tint une séance préparatoire le 1er octobre, à l’archevêché. Le 27 du même mois, les députés s’assemblèrent aux Grands-Augustins, et le 30, Fr. de Harlay et Ch. Maurice Le Tellier furent élus présidens. Ces choix étaient significatifs, car les deux archevêques s’étaient montrés les plus zélés pour les libertés de l’église nationale et avaient toute la confiance du roi. Il semble pourtant que la majorité de la compagnie ne professait pas des opinions aussi avancées que les leurs. Toute décidée qu’elle était à défendre les privilèges de l’église de France, elle ne voulait pas se faire l’instrument des rancunes du gouvernement contre le saint-siège. Bossuet fut l’interprète de ces sentimens dans son Discours sur l’unité de l’église qui devait inaugurer la séance solennelle du 9 novembre. Il dut, avant de le prononcer, soumettre ce sermon au conseil du roi. On y trouvait cette phrase : qu’il fallait tout supporter plutôt que de rompre avec l’église romaine, Fr. de Harlay, présent à la lecture, arrêta l’évêque de Meaux en l’entendant et l’engagea à supprimer l’épithète de romaine. Bossuet n’y voulut pas consentir, preuve que l’assemblée dont ce grand prélat reflétait l’esprit prétendait rester en communion étroite avec le saint-siège. Malgré la condescendance qu’elle témoignait pour les volontés de Louis XIV, elle n’acceptait pas le rôle passif auquel on poussait celui-ci à la