Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/632

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


La grande majorité des membres de l’assemblée, tout en n’étant pas favorable à l’extension de la régale, n’admettait cependant pas les prétentions de la curie romaine. Ils blâmaient la façon dont le souverain pontife avait répondu à Louis XIV, et ils témoignèrent leurs sentimens dans une lettre qu’ils adressèrent à ce monarque : « Nous souffrons avec une peine extraordinaire, y disaient-ils, que l’on menace le fils aîné et le protecteur de l’église comme on a fait en d’autres rencontres pour les princes qui ont usurpé ses droits. Nous sommes si étroitement attachés à votre majesté que rien n’est capable de nous en séparer. » Cette lettre avait été vraisemblablement provoquée par le roi lui-même, mais l’assemblée n’eût pu tenir un tel langage si elle avait partagé toutes les vues du saint-siège. En soutenant ainsi les droits de la couronne de France, elle rendait plus difficile un rapprochement entre Innocent XI et Louis XIV. Le pape envoya en effet, le 7 août de cette année 1680, un second bref qui était un nouvel acte de mauvais vouloir à l’égard de l’épiscopat français. Il improuvait ce qu’avait fait l’archevêque de Paris dans un certain couvent de filles de Charonne. Aussi le bref ne fît qu’accroître le dissentiment. L’archevêque de Toulouse n’eut pas plus gain de cause dans son différend avec les vicaires capitulaires de Pamiers, qui en avaient appelé à Rome à l’instar de feu leur évêque. Les brefs se succédèrent. Le pape revendiquait pour lui-même le droit de juger souverainement les causes d’un caractère ecclésiastique portées de France à son tribunal, prétention contraire au concordat de 1517. Le conflit continua jusqu’à la fin de l’année, et le 1er janvier 1681, Innocent XI adressait à l’église de Pamiers un nouveau bref dont les termes étaient une atteinte plus claire encore au concordat. Il fallait sortir de cette situation périlleuse, et le moyen qui paraissait le plus sûr c’était de convoquer, soit un synode national, soit une assemblée spéciale du clergé. Le chancelier Le Tellier se prononça pour ce second moyen, et son avis prévalut. A son instigation, les agens généraux demandèrent, dans un mémoire, au roi la permission de réunir ceux des évêques qui se trouvaient alors à Paris. Mais cette petite assemblée ne pouvait offrir une garantie sérieuse d’indépendance, placés qu’étaient tous ces prélats sous l’influence de la cour. C’est ce que ne manquèrent pas de dire les antirégalistes ; ils dénoncèrent au pape, comme de coupables menées, les actes de la camarilla dont l’âme était le P. de La Chaise, surnommé par les mauvais plaisans le père nourricier de la régale et qui tenait à sa dévotion quelques jésuites, notamment le P. Maimbourg. Le gouvernement s’était imaginé que la petite assemblée, aux ordres du roi, suffirait à arranger l’affaire, conduite qu’elle serait par l’archevêque de Reims, Le Tellier, fils du chancelier. Elle se réunit en mars 1681 pour donner son avis sur la