Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/62

Cette page n’a pas encore été corrigée


vicissitudes électorales. Mais dans une société centralisée comme l’est la France, l’administration est, sinon le ressort, tout au moins le grand régulateur de l’activité nationale. Si l’on y introduit le changement, l’arbitraire, l’injustice, l’inexpérience et l’incapacité par l’invasion de la politique, on la désorganise. Et quand l’administration, chez nous, ne fonctionne plus, ou fonctionne mal, la société française tout entière se sent atteinte dans sa vie normale. C’est là l’œuvre de désordre que la politique de parti est en train d’accomplir par le système d’épuration perpétuelle qu’elle poursuit. En ce faisant, elle n’entend pas réformer les abus, corriger les vices de la machine administrative. Elle veut simplement changer le personnel des administrations, qu’elle reconnaît capable et appliqué à ses fonctions, mais qu’elle tient pour suspect, uniquement parce que ce personnel a fonctionné sous des gouvernemens ou des partis différens. Et pourquoi attache-t-elle tant d’importance à ce renouvellement du personnel ? Parce qu’elle entend s’en servir comme d’un puissant agent d’élection. Ce que le parti républicain a tant reproché aux anciens gouvernemens et aux anciens partis, l’intervention des fonctionnaires dans les luttes électorales, il le pratique lui-même sans plus de scrupules ni de ménagemens. Non content de le faire, il l’érige en principe de gouvernement, quand il leur demande, non pas seulement le respect des institutions du pays, ce qui est son droit et son devoir, mais encore pour le gouvernement sous lequel ils servent un dévoûment qu’ils ne. doivent qu’à l’état. C’est-à-dire qu’il veut qu’on lui prête un concours actif dans toutes les circonstances ou il le réclamera. Plusieurs circulaires ministérielles s’expriment en termes formels sur ce point-délicat. Il faut ajouter que le parti qui nous gouverne va plus loin, dans sa politique d’exclusion, que tous les gouvernemens qui l’ont précédé au pouvoir. Tous ont plus ou moins demandé le concours des fonctionnaires de tout ordre dans les élections. Les plus honnêtes et les plus libéraux l’ont fait avec plus de discrétion, et en respectant la liberté de leurs agens. L’empire réclamait leur zèle dans des circonstances où il n’était pas prudent de lui résister. Mais, du reste, peu lui importait l’origine des fonctionnaires qui le servaient, qu’ils fussent bonapartistes, légitimistes, orléanistes, républicains. Il tenait même particulièrement à être servi par des fonctionnaires éprouvés des anciens gouvernemens. Et quand des républicains voulaient bien accepter des fonctions dans l’administration impériale, le chef de l’état en était trop heureux. Le gouvernement républicain est beaucoup moins large dans sa tolérance administrative. Il ne lui faut pas seulement des gens disposés à le servir. Il lui faut des serviteurs dont l’origine ne lui laisse aucun