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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/616

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que certaines blessures vivement senties n’avaient point cependant altéré chez elle la sollicitude et la tendresse maternelles :

Écoute avec attention, mon enfant, les derniers conseils et les derniers ordres de ta mère. Pense qu’ils ont un caractère qui doit te les rendre presque sacrés. Tu as peut-être quelques reproches à te faire de la conduite que tu as tenue envers moi, si tu la compares avec la satisfaction que tu aurais pu me donner ; mais si je viens réveiller dans ton âme quelque remords de sensibilité, c’est pour te donner les moyens de l’appaiser pour jamais. Tu peux encore tout réparer, et me rendre plus heureuse après ma mort qu’il n’eut été en ta puissance de le faire pendant ta vie. Je laisse à ton père tous les droits que j’avois à ta tendresse joints à ceux qu’il a déjà sur toi. Tiens lui lieu, s’il est possible, de ce cœur qui sur la terre ne vécut que pour lui ; tu auras d’autres devoirs, mais qui s’enchaînent tous à celui-là. Vis avec lui ; ne l’abandonne point à sa douleur. Ne te laisse jamais abattre s’il rejette d’abord tes consolations. Etudies tout ce qui peut calmer son imagination et arrache-le à la solitude, quelque résistance qu’il t’oppose. Qu’il remplisse le soin que je lui confie de conserver mes cendres pour qu’elles se mêlent un jour avec les siennes ; mais que ce soin ne l’occupe pas trop. Tâche d’être avec lui lorsqu’il viendra verser quelques larmes sur mon tombeau ; joins y les tiennes et crois que tu m’auras rendu la plus heureuse des mères. Oh mon enfant, que trouveras-tu dans le monde qui vaille la satisfaction que tu éprouveras en te disant : J’obéis à mon Dieu, je console le plus digne des pères et je donne à la mémoire de ma mère l’hommage qu’elle désira toujours de moi. Oui, tu me vois à présent sur ces limites qui séparent la vie de l’éternité. ; je poserois la main sur l’une et sur l’autre pour attester et l’existence d’un Dieu et le bonheur qui naît de la vertu. Je désirais que tu épousasses M. Pitt. J’aurais voulu te mettre dans le sein d’un époux d’un grand caractère ; je voulois aussi avoir un gendre à qui je pusse confier le soin de ton pauvre père, et qui sentît le prix de ce dépôt. Tu n’as pas voulu me donner cette satisfaction. Eh bien, tout est pardonné si tu rends à ton père et à toi-même tout ce que j’attendois de cette union. Multiplies-toi pour produire les distractions que l’Angleterre, l’état d’un gendre et les affaires auraient pu donner à ton père. Où qu’il veuille aller, suis-le ; vis dans sa maison ; ne permets pas sans motifs essentiels qu’il passe une nuit sous un autre toit que celui que tu habiteras. Livres-toi à ton bon naturel ; tu ne feras que des fautes en t’en éloignant, et crois-moi, une caresse de ton père, une bénédiction de ta mère, versés sur toi du haut des cieux, te paraîtront plus délicieuses que bien des éloges. Laisses ce monde que tu as mal connu : vis pour ton Dieu, pour ton père et pour tes autres devoirs. Tu verras combien les jouissances du cœur sont plus douces que celles