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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/61

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de la France n’était pas partout où est le dévoûment, le patriotisme et l’honneur de la patrie ? Nous préférons la noble éloquence de M. Lamy rappelant à son parti que la nouvelle république aurait mieux à faire que de reprendre les traditions de l’ancien régime et de la révolution dans leurs plus mauvais jours. Une politique sage et vraiment nationale n’eût jamais souffert qu’une pareille question fût mise à l’ordre du jour.

S’agit-il de réformer la magistrature ? Le parti qui gouverne ne tient nullement à la suppression de l’inamovibilité ; ce qu’il propose, c’est une réforme qui lui assure le dévoûment des magistrats. L’investiture ne lui déplairait pas, parce qu’elle lui permettrait d’éliminer tous les magistrats qui lui sont suspects, pour les remplacer par des magistrats, dont l’indépendance républicaine aura, le cas échéant, l’inamovibilité pour garantie. Mais le ministère actuel ne va pas même jusqu’à proposer l’investiture. Il l’acceptera de bonne grâce s’il le faut. Comme il craint la résistance du sénat, il se contente pour le moment de réduire le nombre des tribunaux, en se réservant le droit de conserver les magistrats dévoués et de mettre à la retraite ceux sur le zèle desquels il ne pourrait compter. En attendant, on révoque bon nombre de magistrats absolument irréprochables. Pourquoi ces réformes et ces révocations ? D’abord parce qu’on veut avoir des places libres pour ses amis, mais surtout pour s’assurer par l’intimidation une magistrature qui, au besoin, puisse rendre des services encore plus que des arrêts. Et c’est ainsi qu’on ruine le prestige d’un corps aussi respectable, qu’on lui enlève la confiance et le respect, sans lesquels les jugemens rendus n’ont plus d’autorité. Compromettre à ce point la première, la plus nécessaire de nos institutions, est-ce là gouverner pour le bien du pays ? Une vraie politique d’état se fût fait un devoir sacré de respecter cette chose supérieure à tous les gouvernemens qui passent, l’éternelle, l’inviolable justice. C’est ce qu’oublie la politique de parti, dans la préoccupation de ses petits intérêts.

S’agit-il de l’épuration de nos administrations ? Il a là un autre intérêt, bien grand encore de notre société française, qui est en jeu. S’il est un pays qui ait besoin d’être administré, c’est le nôtre, où la faiblesse de l’initiative privée laisse une si large part à l’action de l’état. Que l’administration centrale d’un pays tel que les États-Unis soit mobile, livrée à l’inexpérience et à l’incapacité d’une classe d’hommes que les meilleurs citoyens regardent comme le fléau de la grande république, c’est un mal, mais un mal qui n’atteint pas les forces vives d’un pays où chaque état de l’Union a son administration complète, aussi fixe que le permettent les