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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/60

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républicain n’agit pas en vue du bien du pays, mais il n’est pas même libre d’agir dans son propre intérêt, puisque sa popularité ne peut que souffrir d’une pareille concession.

S’agit-il de la dispersion des congrégations non autorisées, et particulièrement des jésuites ? C’est ici surtout qu’on peut juger combien le parti qui nous gouverne sacrifie l’intérêt du pays à un intérêt de popularité ou à une rancune électorale. Les congrégations non autorisées fussent-elles seules en jeu, ce serait toujours une chose bien grave pour un parti qui n’est rien, s’il n’est libéral, de violer un principe tel que la liberté d’enseignement. Les habiles politiques qui avaient la prétention et l’espérance de séparer la cause des congrégations, et surtout des jésuites, de la cause même du clergé et de l’église tout entière, doivent voir en ce moment à quel point les jésuites, les congrégations de tout ordre, le clergé tout entier, la France catholique, la papauté et l’Europe religieuse se tiennent par la main sur cette redoutable question. Comment donc le parti et le gouvernement républicain ont-ils pu jeter dans le pays un tel brandon de discorde civile ? Comment ont-ils pu semer l’inquiétude dans tant de familles françaises pour le mince résultat d’empêcher quelques prêtres de vivre, de prier, de prêcher, d’enseigner ensemble ? Comment ont-ils pu provoquer une sorte de conflit entre les chambres du parlement, en répondant au rejet de l’article 7 par des décrets plus rigoureux que la loi Ferry ? C’est que les jésuites ne sont point populaires dans notre pays, et que leur nom, on l’espère du moins, pourra faire une excellente réclame électorale pour le parti qui a soulevé la question, et qui s’applique à la maintenir à l’ordre du jour. Hélas ! nous craignons bien, pour la paix du pays et pour le salut de la république, que cette malheureuse question n’y reste plus longtemps que ne le désirent ceux qui l’ont introduite dans la politique du gouvernement républicain. Non, elle ne sera pas toujours populaire, cette violation du droit commun, cette proscription de gens qui n’avaient que le désir de rester étrangers à nos luttes politiques, dans l’accomplissement de leur tâche, toute de paix et d’enseignement. Le jour viendra, et peut-être avant peu, où un mot d’ordre plus sérieux, le mot d’ordre de la liberté et de la paix sociale, couvrira l’autre de son impérieuse nécessité. Quoi qu’il arrive, faut-il prendre au sérieux cette subite passion pour des lois qui dormaient dans la poussière de nos archives, et que toute une législation nouvelle sur la liberté d’enseignement avait virtuellement supprimées ? Et faut-il, comme M. Ferry nous y convie dans un beau mouvement oratoire, sauver l’unité nationale mise en péril par quelques collèges de pères, et leur arracher l’âme de la France, comme si cette unité demandait l’unité de foi, et comme si l’âme