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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/58

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ce n’est plus la politique d’état, c’est la politique de parti. Et qu’on ne se méprenne point sur le sens des mots. Le gouvernement d’un parti n’est pas nécessairement un gouvernement de parti. On parti peut gouverner et administrer le pays de manière à donner satisfaction à tous les principes d’ordre, de justice et de liberté, à tous les intérêts vraiment nationaux. Si le gouvernement républicain se faisait ce mérite et cet honneur, il ne serait point un gouvernement de parti. Il le devient en faisant le contraire, en sacrifiant aux passions, aux préjugés, aux intérêts mal entendus d’un parti ces principes de justice administrative, de liberté religieuse, de paix sociale dont l’avènement de la république devait être le triomphe. Voilà la politique qui a prévalu dans le parti républicain depuis que l’esprit de sagesse semble avoir disparu avec l’homme d’état qui l’inspirait et le dirigeait.

La politique d’état peut être plus ou moins noble, plus ou moins correcte dans l’emploi des moyens. Elle a un idéal, puisque son but domine toute ambition de personne ou de parti. Elle a un horizon, puisqu’elle se place à la hauteur de l’intérêt national pour voir et juger toutes choses. La politique de parti n’a pas de but, à proprement parler, puisque la possession du pouvoir, qu’elle vise uniquement, n’est qu’un moyen pour toute politique digne de ce nom. Elle n’a pas d’horizon, puisqu’elle regarde et juge tout au point de vue de la conservation personnelle. Ce n’est point là cet art de gouverner où Royer-Collard, parlant sur la tombe de Casimir Perier, croyait retrouver des parties divines. Le mot était trop beau peut-être ; mais s’il n’y a rien de vraiment divin dans un tel art, il y a quelque chose qui le rehausse. singulièrement, c’est la grandeur du but et la noblesse des moyens. En se préoccupant de ces deux choses, la politique perd son caractère personnel et trop souvent peu moral. Elle devient cet art dont Royer-Collard voulait parler. C’est la politique d’état à sa plus haute puissance. La politique de parti n’a pas de telles allures : elle ne marche point vers un grand but ; elle ne choisit pas les plus nobles moyens. Elle se résume tout entière en expédiens où les convenances du parti prévalent sur les intérêts du pays. En continuant cette politique, le parti qui est le maître de nos destinées en ce moment peut gouverner quelque temps, si c’est là gouverner ; mais il n’aura point l’honneur d’avoir relevé la fortune de la France. Il ira ainsi dans la voie d’un despotisme sans grandeur et sans gloire, qui ne livre pas sans-doute le pays au hasard des aventures, mais qui le désorganise et l’énervé par un régime où la violence se mêle à la faiblesse, et l’arbitraire à l’anarchie. Voilà un jacobinisme qui n’a rien de terrible, mais dont l’histoire ne dira pas, comme de