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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/56

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l’inquiète. Il ne veut rien de vivant, de résistant, de puissant autour de lui. Voilà pourquoi il dénonce partout des ennemis de la république à un public crédule et à un gouvernement faible.

Il est naturel qu’un parti qui a réussi à conquérir le pouvoir cherche à le conserver. Seulement, il y avait pour le parti républicain deux manières de s’y prendre. On pouvait gouverner, administrer le pays, en ne songeant qu’à sa grandeur, à sa puissance, à sa prospérité, à sa sécurité. C’était la grande manière, et aussi la plus sûre. « Cherchez le royaume de Dieu, a dit l’Évangile, et le reste vous sera donné par surcroît. » « Ne cherchez que le bien de l’état, pourrait-on dire au gouvernement républicain, et la république ne s’en trouvera que mieux. » C’est, en effet, le grand art de conservation pour un gouvernement, en tout pays, et particulièrement dans le nôtre, que de bien faire ses affaires. Il n’y a rien qui décourage plus de la lutte les partis hostiles que les succès d’une bonne politique, comme il n’y a rien qui les y encourage davantage que les échecs d’une mauvaise politique. Si le parti républicain voulait gouverner et administrer dans l’unique intérêt du pays, il verrait tout le monde venir à la république, sans qu’il eût besoin de gagner ou de menacer personne. Le clergé, qu’il aurait respecté, serait trop heureux de faire librement, sous son drapeau, son œuvre de paix et de salut des âmes. Les administrations qu’il aurait protégées, ne demanderaient qu’à bien servir l’état. Les partis, qu’il n’aurait point poursuivis dans leur retraite désarmeraient devant une politique aussi heureuse qu’habile. Les bons citoyens de tous les partis, et ils sont en très grand nombre, s’honoreraient de seconder un gouvernement vraiment national dans l’accomplissement de sa tâche patriotique. C’est ainsi que Thiers entendait acclimater la république sur un sol où jusqu’ici elle n’avait pu prendre racine. Quand il parlait d’une république libérale, conservatrice, ouverte à tous, il comprenait les vraies conditions de force et de durée de la troisième république. S’il eût conservé le pouvoir et qu’il eût vécu assez longtemps pour laisser la forte tradition de cette politique, on pouvait espérer la résignation, sinon l’abdication des partis, et en tout cas la pacification du pays. On pouvait d’autant mieux concevoir cet espoir que, sur le terrain de la constitution, un nouveau classement des partis et des groupes devenait plus facile. Comme la république avait été mise hors de cause, les vieilles classifications de républicains et de monarchistes n’avaient plus de raison d’être. C’était sortir de la constitution que de les rappeler, en réveillant toutes les passions et toutes les ambitions qu’elles avaient suscitées. Thiers, pendant sa trop courte présidence, n’avait pas seulement enseigné cette politique ; il l’avait pratiquée en