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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/556

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IV

Depuis cinquante ans, des découvertes, dont nous avons énuméré les principales, sont venues combler les lacunes de notre science du passé ; elles ont révélé des relations, des échanges, des transmissions que l’on ne soupçonnait pas autrefois ; elles ont, si l’on peut ainsi parler, fait retrouver les anneaux séparés et dispersés de cette longue chaîne d’efforts et de pensées dont un bout se perd dans les ténèbres d’un passé sans histoire, tandis que l’autre rattache l’antiquité aux temps modernes. Grâce à ces découvertes et aux comparaisons qu’elles ont suggérées, l’histoire a pu rendre justice à des peuples dont jusqu’alors l’activité et le rôle n’avaient point été placés dans leur vrai jour ; mais la Grèce n’a rien perdu de sa gloire à ces scrupules d’équité et à cette exacte révision des comptes. Grâce à sa situation privilégiée aux confins de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique, grâce à la supériorité de son génie et aux merveilleuses qualités de sa langue, la Grèce a coordonné, classé et perfectionné les découvertes antérieures ; elle a pour toujours mis à l’abri de la destruction et de l’oubli ces instrumens du progrès, ces procédés de l’art, ces méthodes scientifiques naissantes, enfin tout ce fragile et complexe appareil de la civilisation dont l’avenir avait été souvent compromis et l’intégrité plus d’une fois entamée dans les grands chocs de peuples et dans les décadences sociales.

Ce n’est pas ici le lieu d’insister sur ce qui a été accompli par la Grèce dans le domaine de la pensée pure, dans la philosophie et dans les sciences, non plus, que de vanter sa littérature et de montrer quel parti l’imagination de ses poètes et l’éloquence de ses orateurs a su tirer des mots de son admirable idiome, du rythme de la poésie et de celui de la prose ; il s’agirait seulement, dans l’ouvrage que nous attendons et que nous réclamons, des idées et des sentimens que la Grèce aurait exprimés par des formes sensibles ; il s’agirait de faire mieux connaître la Grèce en la montrant sous une autre face à ceux qui ne l’ont encore cherchée et goûtée que dans les livres de ses grands écrivains ; ce serait donner à tous ceux qui ont l’âme vraiment délicate des raisons nouvelles et meilleures d’admirer la Grèce et surtout de l’aimer. Par suite d’un concours vraiment unique de circonstances favorables, les Grecs, au temps de Périclès et d’Alexandre, ont plus approché de la perfection, dans leurs œuvres d’art, que les hommes d’aucune autre race et d’aucun autre siècle ; jamais ailleurs la forme n’a traduit l’idée d’une manière aussi complète et aussi claire, jamais elle n’a aussi pleinement donné à l’esprit la sensation et l’émotion