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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/535

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accentués, par une physionomie plus distincte et plus expressive. Le progrès était constant ; mais ce fut surtout après les grandes guerres de la révolution et de l’empire que la marche en devint bien plus rapide, pendant cette longue période de paix qui vit naître partout une si riche moisson de talens, un si beau mouvement de curiosité passionnée et d’études historiques.

Ce qui brusquement élargit l’horizon, ce qui dissipa les nuages où se cachaient encore maintes régions du passé, maints sommets de l’histoire, ce fut une rapide succession de découvertes, dues les unes à de hardis voyages d’exploration et à des fouilles heureuses, les autres aux recherches des érudits, à une pénétration qui parfois alla jusqu’au génie. On eût dit qu’un rideau se tirait ; par derrière le riche et brillant décor de la civilisation gréco-romaine, on commençait d’apercevoir la véritable antiquité, l’Orient, père des religions et des inventions utiles, de l’alphabet et des arts plastiques. Le grand ouvrage rédigé par les savans associés à l’expédition du général Bonaparte commençait à faire connaître l’Égypte. Bientôt après c’était Champollion qui retrouvait la clé des hiéroglyphes et qui fournissait ainsi les moyens d’assigner aux monumens tout au moins une date relative, ce qui devait un jour ou l’autre conduire à comprendre que l’art de l’Égypte comme celui de tous les autres peuples avait eu, quoi que les Grecs en aient dit, son enfance et sa jeunesse, sa maturité et sa vieillesse, ses arrêts, ses décadences et ses renaissances.

Un peu plus tard, c’était Botta, c’était Layard qui exhumaient Ninive, enterrée sous les décombres de ses propres édifices, sous des amas de briques émiettées et réduites en poussière par le temps ; c’était l’Assyrie qui secouait son linceul d’argile et qui revoyait le jour. Hier encore, on ne savait rien d’elle que le nom de ses rois, et voici qu’elle reparaissait tout à coup avec ses monumens d’une conservation merveilleuse où toute son histoire était représentée par les mille et mille figures des bas-reliefs et racontée dans les longues inscriptions qui les accompagnent. Celles-ci n’attendaient pas longtemps leur Champollion, et là encore le déchiffrement, malgré ce qu’il peut avoir par endroits d’incomplet et d’incertain, permettait d’établir une série, de classer par ordre de date les ouvrages de l’architecture et de la sculpture.

Les renseignemens obtenus ainsi se complétaient par une exploration attentive des ruines, plus maltraitées par les hommes et par le temps, que renferme la Babylonie, la Basse-Chaldée et la Susiane. Les imposans débris des palais de Persépolis et de ses tombes royales étaient signalés depuis près de deux siècles, mais seulement par les relations insuffisantes et les mauvais dessins des