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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/528

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commentées par les bas-reliefs et les peintures qui les accompagnaient, on a pu contrôler les données si souvent inexactes que les historiens grecs nous avaient conservées sur ces peuples d’Afrique et d’Asie qui ont précédé de si loin la Grèce dans les voies de la civilisation ; jour après jour, à mesure que les monumens se multipliaient et que les méthodes de lecture devenaient plus certaines, on a beaucoup ajouté au peu que nous apprenaient les Hérodote et les Diodore sur ces empires du Nil et de l’Euphrate, qui déjà commençaient à vieillir au temps où les Grecs étaient encore dans l’enfance et travaillaient lentement à sortir de la barbarie primitive.

Pour la Grèce même et pour Rome, si les grandes lignes du cadre étaient tracées par les récits des historiens classiques, l’étude de documens jusqu’alors négligés a permis d’y faire entrer et d’y grouper bien des détails curieux et nouveaux. Partout recherchées avec passion, transcrites avec un religieux scrupule, interprétées avec une ingénieuse et patiente sagacité, les inscriptions ont révélé beaucoup de faits dont il n’y avait pas trace chez les Thucydide et les Xénophon, chez les Tite-Live et les Tacite ; elles ont permis d’enrichir de plus d’un trait le tableau de la vie publique et privée des ancien ? Pour y mettre plus de mouvement et de chaleur, on a même emprunté des couleurs à ce que l’on appelle la littérature, à l’éloquence de la tribune et du barreau, à la poésie, au théâtre. Dans cet effort pour embrasser tout entier l’homme d’autrefois et pour le montrer sous toutes ses faces, on a même parfois essayé de faire une place à l’art ; mais cette place a toujours été très restreinte, très insuffisante. C’est que l’étude des ouvrages de la plastique, à prendre ce mot dans son sens le plus général, exige des connaissances spéciales qui faisaient défaut à la plupart des historiens ; elle a sa méthode et sa langue qui lui sont propres ; elle oblige ceux qui veulent y acquérir quelque compétence à cultiver leur goût par des voyages, par une longue fréquentation des principaux musées de l’Europe, par un perpétuel recours à ces suites d’estampes et de photographies, à ces grands recueils de planches que leur format rend incommodes à manier et dont le prix interdit au savant tout espoir de jamais les poser sur les rayons de son cabinet. Or plus d’un érudit n’aura jamais eu l’occasion de visiter l’Italie et la Grèce ; le temps lui aura manqué pour parcourir ces galeries dont chacune ne contient qu’une faible part du trésor de l’antiquité figurée ; enfin il ne vivra pas toujours dans une capitale, à la porte d’une de ces bibliothèques publiques qui possèdent souvent ces