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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/52

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généreuse passion et sans grande audace, patient dans ses desseins, tenace dans ses haines, aussi correct dans sa conduite et sa tenue que dans ses discours, maître de lui et de son auditoire dans les débats de la convention, et du club des jacobins, faible devant l’imprévu, irrésolu au moment décisif de l’action. On le vit bien le jour où il ne sut pas répondre à l’arrêt de mort de la convention par un coup de force populaire. Peut-être en fût-il resté à la doctrine, s’il n’eût eu à ses côtés Saint-Just, l’inflexible exécuteur de ses desseins. Il eut l’âme d’un sectaire bien plus que d’un patriote. Disciple fanatique de Rousseau, dont le Contrat social était son évangile, il ne souffrit pas d’autre foi que la sienne, d’autre parti que la société des jacobins, où il essaya d’enfermer la France tout entière. Il avait l’esprit toujours tendu vers le but qu’il voulait atteindre, le regard toujours fixé sur l’obstacle qu’il voulait supprimer. Il lui eût fallu une petite France pour laquelle il avait rêvé une république vertueuse, sentimentale et même religieuse à sa façon, dont il eût été le grand prêtre plutôt que le président. C’est pour cela qu’il trouvait trop grande la France de nos souvenirs et de nos traditions, et qu’il parut désespérer, vers les derniers jours de la terreur, de la ramener sous son étroite et insupportable discipline. Il était resté froid, avec ses idées fixes, au brûlant foyer de la révolution. Il n’a jamais prêché la guerre à l’étranger, comme les girondins et les montagnards, au milieu desquels il se sentait isolé. En d’autres temps, ce lettré sensible et rêveur n’eût pas été un homme de sang, et n’eût point songé à gouverner par la guillotine. Chef de parti, l’incorruptible Maximilien eût toujours été inquiet, défiant, inquisiteur. Chef de gouvernement, il eût été impitoyable dans sa politique d’épuration. Ami, on pourrait dire apôtre de la paix, il eût fait partie de la société qui porte ce nom, et eût présidé avec bonheur à nos fêtes du travail. N’a-t-il pas présidé la fête de l’Être suprême, pendant que les jacobins patriotes allaient dans les camps mener nos armées à l’ennemi ?

Ces temps héroïques sont loin de nous. Nos générations ont vu encore de grands événemens, de grands désastres, de grands crimes ; elles n’ont pas revu les passions et les vertus de nos pères. S’ils venaient à revivre, les jacobins de 92 et de 93 renieraient leurs fils. C’étaient des révolutionnaires et des patriotes avant tout, et, à vrai dire, leur jacobinisme n’était que le paroxysme de la passion révolutionnaire et de la passion patriotique. On le vit bien par la manière dont a fini cette sanglante histoire. Le pays délivré de l’étranger, la révolution faite, et la France nouvelle assurée de la pleine possession des droits et des biens pour lesquels elle avait combattu l’ennemi du dehors et l’ennemi du dedans, cette espèce