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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/483

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craindre de se désavouer, paraît sentir la nécessité d’une trêve, donne le signal du désarmement. Il avait cru agir dans l’intérêt de l’empire nouveau qu’il venait de créer, peut-être aussi dans le sentiment superbe d’une prépotence personnelle à laquelle les catholiques ne se hâtaient pas assez de se soumettre. Il avait cédé à des impatiences de domination, à des irritations contre des résistances insaisissables, contre cette force indépendante de la foi religieuse, sous laquelle se déguisait un autre ennemi, le particularisme. Il a poursuivi ou il a laissé se dérouler pendant plusieurs années cette expérience d’une politique de combat qu’il avait inaugurée dans un moment de passion. Il a vu bientôt qu’il n’obtenait pas de grands résultats, qu’il n’avait réussi qu’à jeter le trouble dans les conditions ecclésiastiques de la Prusse, à justifier jusqu’à un certain point l’opposition des catholiques, devenus dans le parlement un parti assez puissant pour obliger le gouvernement à compter avec lui. Il s’est aperçu que la guerre aux croyances religieuses, aux influences catholiques, à l’église, profitait peut-être aux propagandes révolutionnaires et socialistes, contre lesquelles il sentait la nécessité de réagir. Il a commencé alors son évolution ; il a manœuvré non certes en politique décidé à rendre les armes, mais en tacticien assez disposé à déplacer son centre d’action, à rechercher de nouvelles alliances. Il n’a pas craint de se rapprocher de la cour de Rome par des négociations qui n’ont pas abouti du premier coup, il est vrai, qui n’ont pas non plus entièrement échoué en ce sens qu’elles restent suspendues plutôt que rompues. Il a donné des espérances aux catholiques du centre parlementaire en essayant tout à la fois de les gagner et de les dominer. Il a tenté de faire face à tout par des expédiens conçus de façon à déguiser des concessions sans rien livrer. De là cette loi ecclésiastique qui a occupé depuis deux mois les chambres de Berlin et qui, à vrai dire, n’a point d’autre sens que de suspendre les hostilités avec les catholiques, de dépouiller les lois de mai de ce qu’elles ont de plus agressif en laissant le chancelier seul arbitre des adoucissemens possibles dans les rapports de l’état prussien avec l’église. Malheureusement les plus puissans eux-mêmes se trompent dans leurs calculs. M. de Bismarck n’a réussi qu’à demi dans sa tactique. Il avait fait des pas trop décisifs vers les catholiques pour ne pas s’aliéner une fraction assez notable des nationaux-libéraux ; il ne donnait pas d’un autre côté assez de garanties aux intérêts religieux pour que les catholiques, M. Windthorst en tête, consentissent à tout accepter, à se livrer sans conditions à l’autorité discrétionnaire du gouvernement. Peut-être aussi, soit par un calcul de plus, soit par lassitude, le chancelier, après avoir lancé ses propositions, les a-t-il un peu trop abandonnées à leur propre sort ?

Qu’en est-il résulté ? C’est depuis deux mois une confusion à peu près complète où la loi nouvelle a passé par toutes les alternatives, réunissant du jour au lendemain les majorités les plus diverses, même les