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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/471

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formée au contact et développée à l’imitation de la littérature et de la civilisation principales. Elles ont moins d’importance en elles-mêmes par conséquent qu’à titre de moyens de pénétrer plus profondément, en l’attaquant par plusieurs côtés à la fois, dans la connaissance de la civilisation mère. Quelques-unes d’entre elles servent de transition entre les trois systèmes ; c’est ainsi qu’on peut étudier dans la littérature pehlwie la pénétration réciproque d’une langue aryenne, le zend, et d’une langue sémitique, l’arabe, ou encore dans la littérature tibétaine l’infusion d’une théologie aryenne dans une langue tatare. Il reste alors, de ci, de là, disséminées un peu au hasard de l’histoire, quelques provinces plus étroites, l’Égypte ou l’Assyrie, par exemple, qu’il n’est certes pas moins intéressant d’explorer, mais enfin dont on connaissait depuis longtemps ce que nous pourrions appeler la configuration générale, et dont l’histoire, comme nous en avons fait la remarque, a de tout temps été mêlée, plus ou moins, à l’histoire de la civilisation gréco-romaine, ou méditerranéenne encore, si peut-être on aimait mieux ce mot.

Mais ce n’est pas tout ; et du rapport de ces études entre elles, de l’entre-croisement de leurs conclusions pour ainsi dire et du mutuel appui qu’elles se prêtent, de nouvelles études à leur tour et des sciences nouvelles sont nées. Il en est deux au moins à signaler.

La grammaire comparative d’abord, qu’il suffit de comparer elle-même à cette science ingrate et scolastique autrefois désignée sous le nom de grammaire générale, pour en comprendre aussitôt l’importance et l’intérêt. Tandis qu’en effet la grammaire générale, dépouillant une à une les langues de tout ce qu’elles contiennent de concret et de vivant, finissait par se réduire en un minimum de définitions oiseuses, de remarques abstraites, ou quand elle s’élevait le plus haut, à quelques observations sur de vagues rapports du langage et de la pensée, la grammaire comparative, au contraire, s’attachant à l’étude exclusive de ce qu’il y a de fluide, pour ainsi dire, de malléable ou encore d’évolutif dans les mots du vocabulaire et dans les formes de la syntaxe, est devenue l’une des sciences les plus fécondes qu’il y ait en suggestions de toute sorte, en renseignemens à la fois historiques et philosophiques. C’est la grammaire comparée qui nous a permis de reconnaître la parenté secrète qui réunit entre elles tant de langues si différentes et particulièrement toutes celles que nous réunissons ensemble sous le nom de langues indo-européennes. C’est elle encore qui nous a permis de faire enfin poser sur des fondemens solides l’histoire du développement des langues en substituant à la recherche hasardeuse des étymologies, telle qu’on la pratiquait autrefois, fantaisiste et nous dirions volontiers facétieuse, une science véritable, prudente et sévère qui, de proche en proche, par des procédés d’une exactitude minutieuse, fait remonter