Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/46

Cette page n’a pas encore été corrigée


Nous assistons à un spectacle que la France a peine à comprendre, et que l’Europe ne comprend pas du tout. Que s’est-il donc passé dans notre malheureux pays pour que les partis soient plus acharnés à la lutte, les esprits plus excités, les âmes plus émues que jamais ? Pourquoi cette guerre à tous, au clergé qui ne demande que la liberté de continuer en paix son œuvre de foi, d’éducation et de charité, aux administrations qui seraient trop heureuses qu’on les laissât servir en paix l’état comme par le passé, aux partis monarchiques qui se résignent à la république, ne réclamant d’elle que le droit de se souvenir et d’espérer ? Quand le gouvernement de la défense nationale à fait appel au patriotisme de tous, sans distinction de classes, d’ordres et de partis, est-il un seul patriote qui n’ait pas répondu ? Peuple, bourgeoisie et clergé, citoyens et fonctionnaires, conservateurs cléricaux, orléanistes, légitimistes, bonapartistes, aussi bien que républicains libéraux et radicaux, les princes comme les partis, n’ont-ils pas accouru prendre leur part de la guerre sainte contre l’étranger ? A-t-on eu besoin, comme en 92, d’une dictature violente, pour comprimer la guerre civile pendant la lutte avec l’ennemi du dehors ? Si plus tard cette guerre impie a éclaté, on sait de quel côté elle est venue, et comment la commune a été domptée par un gouvernement légal qui n’a pas songé un instant à la dictature. Et si l’étranger revient jamais, peut-on douter que ces partis, ces ordres, ces classes, ne montrent le même patriotisme devant l’ennemi ? Après le plus grand désastre qui se soit vu dans notre histoire,