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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/458

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Russie, c’est l’intérêt de l’Allemagne, et l’Autriche-Hongrie n’osera pas y faire obstacle. En Orient, la France actuelle et l’Angleterre de M. Gladstone peuvent marcher complètement d’accord ; car ni l’une ni l’autre n’y a un but égoïste à poursuivre. La France ne convoite certes ni la Morée, ni la Syrie, et l’Angleterre, qui naguère restituait les îles Ioniennes à la Grèce, ne demanderait peut-être pas mieux que d’évacuer Chypre, si elle le pouvait sans dommage pour le bien-être de l’île. Comme le rappelle M. Gladstone en termes éloquens, l’alliance franco-anglaise, qui a duré de 1830 à 1870, n’avait pour objet que de défendre la liberté ; elle n’a jamais été une tentation à faire le mal, et d’ordinaire elle créait une saine émulation pour défendre le bon droit. Jamais, à coup sûr, cette entente ne serait plus désirable et plus avantageuse qu’en ce moment pour le règlement des affaires turques.

De ce qui précède résulte-t-il donc que le rôle de l’Autriche se bornera à fusionner la Dalmatie et la Bosnie-Herzégovine ? Lorsque lord Salisbury annonçait au monde comme « la bonne nouvelle d’une grande joie (good tidings of great joy) que désormais l’Autriche monterait la garde sur les Balkans et qu’appuyée sur l’Allemagne, elle arrêterait toute nouvelle tentative des Russes au-delà du Danube, il dévoilait un plan arrêté entre lord Beaconsfield, le comte Andrassy et le prince de Bismarck dans les coulisses du traité de Berlin. C’était l’écho et la conséquence de la retentissante visite du chancelier allemand au chancelier autrichien. Lord Salisbury n’avait même pas hésité à faire entendre que l’héritier de « l’homme malade » devait être non la Russie, mais l’Autriche. Tout porte à croire que ces grands projets ne se réaliseront pas de sitôt. La sentinelle des Balkans n’aura pas à faire feu sur les cosaques traversant de nouveau le Danube. La Russie, on peut en être sûr, n’a nulle intention d’aller à Constantinople, car elle sait très bien, que d’ici à longtemps elle ne pourrait y rester. Quant à ses cliens, les peuples slaves de la péninsule, ils ont trouvé dans leur ennemi