Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/447

Cette page n’a pas encore été corrigée


dont la condition est si malheureuse que l’Europe devra forcément intervenir pour y mettre un terme.

L’enlèvement même d’un commissaire anglais, le colonel Synge, et sa mise à rançon, donne l’idée de la sécurité qui règne dans cet important pays. Voici le tableau qu’en trace le marquis de Bath dans son excellent livre on Bulgarian Affairs. « La Macédoine offre le triste exemple du sort d’une province sous la domination turque. Partout règne l’anarchie. Le gouvernement n’a nul pouvoir ou il refuse de l’exercer. Il n’y a ni ordre, ni justice, ni sécurité, pas plus pour les propriétés que pour les personnes. La ligne de chemin de fer n’offre de protection que jusqu’à quelques centaines de yards des stations. Hors des murs des villes, la vie est sans cesse en danger. Les marchands n’osent pas voyager d’une localité à une autre sans escorte, et encore de temps en temps ils sont enlevés par les brigands, trop souvent de connivence avec les gendarmes. Chaque jour des assassinats sont commis par les beys turcs ou albanais ou par leurs adhérens, qui outragent les femmes, pillent les villages ou les obligent à se racheter de leurs violences. Naturellement il n’y a rien à attendre des autorités turques, ni protection, ni répression des crimes, qui, restant impunis, se multiplient de plus en plus. » Un voyageur anglais, Kinnaird Rose, qui a récemment visité la Macédoine, confirme. ce que dit lord Bath. Déjà, près de la frontière de la Roumélie orientale, à Samakof, Sofia, Tatar Bazardjik, il rencontre des milliers de réfugiés qui avaient quitté la Macédoine pour échapper à la mort. Le consul anglais à Sofia, M. Gifford Palgrave, estimait que sur 20,000 de ces malheureux 10,000 étaient morts de misère, de faim et du typhus. Pour punir une incursion faite par des Bulgares de la Roumélie, les Turcs, dans le district de Melnik, pillent et brûlent 64 villages chrétiens et massacrent 1,483 personnes, hommes, femmes et enfans. Les petites villes de Banya et de Bansko sont livrées aux flammes après que tous ceux qui n’ont pu fuir ont été égorgés. Ces horreurs ne doivent pas surprendre. Elles ne sont que l’application d’un système qui a pour but de modifier les conditions ethnographiques de la Macédoine par le fer et par le feu. Les Bulgares revendiquent la Macédoine parce qu’elle est, prétendent-ils, habitée par leur race. Eh bien ! se disent les Turcs, cette race, nous l’extirperons, nous rendrons le sort des habitans si malheureux qu’ils fuiront ou qu’ils résisteront, et s’ils résistent, nous les tuerons. En même temps nous appellerons les musulmans de la Roumélie affranchie, nous ferons revenir les Circassiens, malgré la stipulation du traité de Berlin, nous dévorerons tout dans le pays, jusqu’à ce que les habitans meurent de faim, et de cette façon nous ferons de la Macédoine une terre complètement mahométane. Le colonel Synge affirmait à