Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/436

Cette page n’a pas encore été corrigée


nouvelle de la question d’Orient. Il l’envoya, parfaitement recopié, à Saint-Pétersbourg, où il repose encore, dit-on, dans la chancellerie impériale comme pièce diplomatique.

Le mouvement religieux des « vieux-catholiques » attira bientôt l’attention de Mme de Novikof. Elle se rendit à Munich pour voir le patriarche Döllinger et le savant professeur à l’université Froschhammer. C’est à ce sujet qu’elle entra en relations avec des ecclésiastiques anglais qui rêvaient une fusion de l’anglicanisme et du vieux-catholicisme avec l’orthodoxie grecque. Le Filioque était un grand obstacle. Mme de Novikof discuta longtemps ce point essentiel du dogme occidental. On ne parvint cependant pas à se mettre d’accord. Il fut décidé qu’on laisserait le Filioque « question ouverte, » an open question. M. Gladstone, dans sa lutte ardente contre le vaticanisme, avait pris, lui aussi, le chemin de Munich, et c’est ainsi que son amitié avec O. K. prit naissance. Chaque année maintenant, Mme de Novikof passe l’hiver à Londres, où elle voit beaucoup de monde, et depuis que la question d’Orient s’est rouverte, elle y défend de sa plume, aussi bien trempée qu’une fine lame de Tolède, les intérêts des Slaves. Ses premières Lettres au Northern Echo ont été réunies, il y a deux ans, sous le titre de : Is Russia wrong.

Une partie de la presse tory et même l’article, — cependant sérieux, — du Quarterly attribuent à l’influence de Mme de Novikof la politique slavophile de M. Gladstone et ses attaques contre l’Autriche. « Quiconque, y lit-on, a parcouru le livre de O. K. n’aura point de peine à trouver de quel maître M. Gladstone a appris sa leçon contre l’Autriche. Il n’a pas dédaigné d’emprunter ses faits et ses argumens à une dame que le patriotisme, le talent littéraire et la bonne foi n’empêchent pas d’être, l’apôtre de cette « Russie de Moscou » qui, pour délivrer les Slaves, menace l’Europe d’une série interminable de guerres, » Et le Quarterly cite de O. K. quelques mots assez durs à l’adresse de l’Autriche. « C’est une plaisanterie qui se fait assez souvent à Moscou, écrit-elle, que l’homme malade » de Constantinople étant in articulo mortis, l’attention de l’Europe sera bientôt tournée vers « la femme malade » de Vienne-Pesth. » Et ailleurs : « Metternich prétendait que l’Italie est une expression géographique. Le prince Gortchakoff a dit avec bien plus de vérité que l’Autriche n’est pas une nation, pas même un état, mais uniquement un gouvernement. » L’écrivain du Quarterly, — qui décidément ne peut être lord Salisbury, — fait vraiment beaucoup d’honneur à O. K. Non-seulement elle serait parvenue à atteler au char du slavisme, comme deux coursiers dociles, M. de Beust et M. Gladstone, mais elle aurait presque opéré la réconciliation entre l’orthodoxie d’Orient et le schisme d’Occident, et aujourd’hui elle