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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/425

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n° 19) [1] et non dans une proposition publique. Dans cet article, il visait l’égalité de biens, non par la force, mais par les lois. Il s’agissait d’abord de faire le partage le plus égal des fortunes, et en second lieu de créer des lois pour le maintenir et prévenir des inégalités futures. Pour ce partage, il y avait à considérer : les différentes espèces de propriétés ; les différentes espèces d’industries ; les moyens de les répartir ; l’étendue du pays ; le nombre des citoyens. Toutes ces études faites, le législateur devait régler l’usage des biens de manière à rendre le superflu nuisible, à le faire tourner à l’avantage de celui qui en manque, et enfin à le faire tourner à l’avantage de la société. On aurait aussi établi un maximum de fortune. Tous ces effets devaient être obtenus par des lois sur les héritages, les testamens, les dots et les donations. On ne peut sans doute méconnaître ici un plan de socialisme égalitaire ; mais ce n’était là qu’une vue individuelle et sans aucune conséquence. Citons enfin, pour ne rien négliger, le plan d’éducation nationale de Michel Lepelletier, qui proposait d’établir une « taxe des enfans » à l’instar de la taxe du pauvre qui existe en Angleterre.

Pour compléter et épuiser l’étude de la question posée, il nous reste à rechercher quelles ont été sur ce que nous appelons aujourd’hui la question sociale les vues de l’homme le plus important de la convention, de celui qui fut alors le vrai chef du gouvernement et qui en a la responsabilité devant l’histoire, de Robespierre. Robespierre appartient-il à la pure démocratie ou à la démocratie socialiste ? Selon MM. Buchez et Louis Blanc, le débat sanglant de la gironde et de la montagne, précédé du grand débat parlementaire sur la déclaration des droits, aurait été dans le fond un combat entre la démocratie purement politique et la démocratie sociale. Les girondins n’auraient eu pour principe que l’idée de liberté ; les montagnards avaient un idéal plus élevé dont le mot est fraternité, et c’est dans Robespierre que vient se résumer et se condenser cette doctrine. Pour s’en assurer, il suffit de comparer, suivant Louis Blanc, les deux projets de déclaration des droits, l’un de Condorcet, l’autre de Robespierre, entre lesquels la convention eut à se prononcer.

Le projet de Condorcet avait pour caractère de poser le principe de la propriété d’une manière absolue et sans y ajouter aucune restriction. Il établissait que « l’homme est maître de disposer à son gré de ses biens, de ses capitaux, de ses revenus et de son industrie. » C’est ce projet que Robespierre combattit à la

  1. Buchez, t. XXIII, p. 467. L’article de Rabaud Saint-Étienne fut réfuté par Rœderer dans le Journal de Paris, n° 23.