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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/368

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quelques-uns de plus que le projet primitif ne leur en attribuait. La chambre basse discuta ce projet avec autant de conscience que si la matière eût été neuve ; ce fut en mars 1832 seulement que le bill parvint à la chambre haute.

Toute la question était de savoir jusqu’à quel point six mois écoulés au milieu d’une inquiétude universelle avaient modifié l’opinion des pairs, dans quelle mesure d’adroites négociations pouvaient détacher quelques membres du parti conservateur. Le banc des évêques avait voté tout entier contre la réforme au mois de septembre. Guillaume IV s’était chargé d’agir personnellement sur eux ; il n’avait guère confiance d’y avoir réussi. Il y avait entre les deux partis opposés ceux que l’on appelait les waverers, les irrésolus, que la persuasion ou bien une évidente nécessité pouvait rendre plus traitables. Les membres roturiers du cabinet conseillaient de déplacer la majorité de la chambre haute par la création de nouveaux pairs en nombre suffisant. Les aristocrates, Grey, Althorp, répugnaient à cette mesure par respect pour l’institution à laquelle ils appartenaient de naissance. Le roi ne s’en souciait pas davantage. La nécessité en devint si apparente que le monarque et ses ministres finirent par s’y résigner, sous condition que vingt et un pairs seulement seraient créés, qu’ils seraient choisis parmi les fils ou les héritiers directs des pairs existans et, enfin, que ce ne serait employé que comme dernier expédient, dans le cas où le sort de la réforme paraîtrait compromis. Les irrésolus se le tinrent pour dit et s’occupèrent d’assurer une majorité favorable au projet ministériel. En effet, la première lecture eut lieu sans qu’il fût nécessaire de voter, et la seconde lecture fut enlevée par une majorité de neuf voix.

Il y eut alors un moment d’hésitation. Personne ne contestait, — et cela n’avait pas peu contribué au demi-succès obtenu, — que le roi se fût montré dans le principe partisan convaincu du bill de réforme ; mais le bruit courait que les obstacles l’avaient refroidi. La dissolution de 1831, l’agitation du pays, les troubles de Bristol, les polémiques excessives des feuilles publiques, lui déplaisaient. Venir lui demander encore la création de pairs par fournée, c’était trop, disait-on : il s’y refusera ; il rendra alors le pouvoir aux tories. Cette rumeur était presque vraie. Le cabinet, qui se vit battu sur une disposition accessoire au cours de la troisième discussion, décida qu’il était devenu nécessaire d’avancer aux honneurs de la pairie un certain nombre de commoners. Le roi refusa ; il fit appeler aussitôt lord Lyndhurst pour le charger de composer une nouvelle administration et de préparer un autre bill de réforme avec un programme plus restreint.

L’ancien grand chancelier n’eut pas de peine à s’assurer la