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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/358

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par conséquent impuissante, ce qui était dû surtout à des questions personnelles. Depuis bien longtemps, elle n’avait plus, dans la chambre des communes, un chef dont l’autorité fût universellement reconnue. Ponsonby l’avait conduite jusqu’en 1816 avec un talent médiocre et un succès limité. A sa mort, Tierney en devenait le chef, mais les grenvillites avaient bientôt fait défection. Lorsque Tierney mourut à son tour, en 1830, l’embarras de lui trouver un successeur fut encore plus grand. Brougham n’avait pas de rival, ni pour l’habileté parlementaire ni pour l’éloquence ; mais on se défiait de lui. Il avait d’ailleurs abandonné en partie l’opposition lorsqu’il avait consenti à soutenir le ministère Canning de 1827 ; et puis enfin, il ne devait la situation qu’il s’était faite qu’à sa valeur personnelle. Les politiciens de naissance estimaient que la première place appartenait de droit au représentant d’une vieille famille parlementaire. Quelqu’un proposa lord Althorp, fils aîné du comte Spencer. C’était un homme modeste, ou plutôt timide, qui s’était montré plusieurs fois avec avantage dans des affaires d’importance et s’était acquis peu à peu un grand renom de droiture et de capacité. On le connaissait sous le nom de « l’honnête Jack Althorp. » Il avait le jugement sain, possédait une grande fortune, une haute position sociale ; il accepta la situation que ses amis lui offraient. Lorsque, quelques jours après, il eut occasion de déclarer, au cours d’un débat de peu d’importance d’ailleurs, qu’il ne parlait plus en son nom personnel, mais bien comme l’organe d’un parti, les ministres comprirent que l’opposition était unie, et que le pouvoir leur échapperait bientôt.

Un événement qui n’avait rien d’imprévu vînt déranger la marche ordinaire des affaires publiques. George IV était maladif depuis plusieurs années, non pas tant par l’âge, — il avait soixante-huit ans, — que par suite des excès auxquels il s’était adonné debout temps. Il vivait à l’écart, ne se montrant pas, ne sortant jamais, entouré de favorites et de domestiques. Ni parens ni amis n’étaient auprès de lui. Sa mort, qui arriva le 30 juin 1830, n’excita ni pitié ni regret. Des écrivains anglais qui veulent louer à toute force le principe monarchique ont prétendu que George IV a rendu plus de services à son pays par ses vices que George III par ses vertus. Lorsque William Pitt avait voulu présenter en 1801 un bill d’émancipation en faveur des catholiques et que le roi déclara qu’il renoncerait plutôt à la couronne que d’y consentir, l’illustre premier ministre n’osa pas insister ; il crut préférable de descendre du pouvoir plutôt que d’entrer en lutte contre le souverain respecté dont l’esprit s’était affaibli. En 1829, Wellington et Peel trouvèrent, pour la même réforme, autant de répugnance de la part de George IV, qui pleura devant ses ministres, les embrassa et,