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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/350

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aux insurgés. Comme le commerce se faisait surtout par navires anglais, il en résultait de nombreux conflits entre l’Espagne et la Grande-Bretagne. Cette dernière puissance sentait le besoin d’instituer des consuls dans les provinces émancipées afin d’y protéger ses nationaux ; elle s’abstenait de le faire par ménagement pour le gouvernement constitutionnel de Madrid, qu’elle ne voulait point affaiblir. La marche du duc d’Angoulême au-delà des Pyrénées leva ses hésitations ; les consuls furent nommés, ce qui ne signifiait pas encore que le cabinet anglais eût reconnu aux insurgés la qualité de belligérans.

Mais Ferdinand VII, une fois délivré des constitutionnels par l’armée française, conçut, l’espoir de reconquérir ses colonies avec l’aide de ses alliés d’Europe. Il invita les cabinets de Saint-Pétersbourg, de Vienne et de Paris à se réunir en conférence pour examiner ce projet. Avis en fut donné au gouvernement britannique ; on ne le pria pas cependant d’être partie à cette conférence. Canning avait quelque tendance à suivre la politique que ses successeurs ont poussée à l’extrême ; il se défiait des congrès. « Nous avons protesté à Laybach, disait-il ; nous avons fait des remontrances à Vérone ; protestation et remontrances ont été perdues. » Du reste, le président des États-Unis lui donnait un exemple à suivre, en déclarant qu’il espérait bien que les gouvernemens d’Europe n’interviendraient pas sur le continent américain. Ainsi jugée par avance, la conférence n’aboutit à rien. L’Espagne, impuissante à réduire seule ses anciens sujets insurgés, allait-elle enfin de bon gré, bien qu’à contre-cœur, acquiescer aux effets d’une révolution qu’elle était incapable d’écraser ? Canning l’attendit pendant quelques mois ; puis, la situation ne se modifiant pas, il résolut enfin de reconnaître l’indépendance des républiques américaines, le Mexique, la Plata, la Colombie, où des gouvernemens tolérables s’étaient établis depuis que les Espagnols en avaient été expulsés.

Ce n’était pas tout de s’y résoudre, il fallait encore obtenir l’assentiment du roi George IV. Ce monarque avait conservé en vieillissant autant de sympathie pour la quadruple alliance que de haine pour les idées révolutionnaires. Les révolutions d’Amérique réveillaient en outre dans son esprit les plus fâcheux souvenirs du règne précédent. C’était peu de temps après avoir reconnu l’indépendance des États-Unis que George III avait donné les premiers signes de folie. D’ailleurs, sans remonter si loin dans le passé, à ne considérer que l’état présent, était-il prudent d’accorder cet encouragement à des insurgés lorsqu’on avait à côté de soi les Irlandais toujours prêts à la révolte ? Lord Eldon, lord Sidmouth, étaient de même opposés à cette mesure. Wellington, le seul membre du cabinet qui pût balancer l’influence de Canning, n’avait pas moins