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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/263

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concession sérieuse sur ce point, qui intéresse pourtant au plus haut degré la prospérité d’un pays où l’émigration a créé des vides si funestes. De même, l’article 31 de la loi du 7 mai 1874 sur le régime de la presse dans l’empire allemand a exclu formellement les Alsaciens-Lorrains de la jouissance des libertés qu’elle règle, et ce n’est que par tolérance et à titre d’essai que, dans son équité, M. de Manteuffel a pris sur lui d’atténuer un peu en cette matière les rigueurs de la précédente administration. L’inviolabilité du domicile et la liberté individuelle ne sont pas mieux garanties, puisqu’une des premières dispositions de la loi du 4 juillet 1879 a été de consacrer législativement à nouveau le principe de l’état de siège permanent, sous lequel l’Alsace-Lorraine est tenue en vertu de l’article 10 du décret du 30 décembre 1871. Il serait facile de multiplier ces exemples, notamment en matière fiscale. Malgré ses efforts et sa bonne volonté, le Landesausschuss ne pourra rien contre ce savant réseau de dispositions législatives placées hors de sa portée et qui servent d’instrumens et de base à l’œuvre de la germanisation.

Il éprouvera cette même impuissance quand il en viendra, comme il le projette, à aborder la question du personnel administratif et de la réduction du chiffre des traitemens, indemnités et pensions qui imposent depuis trop longtemps au budget d’Alsace-Lorraine des charges véritablement ruineuses. La seule administration des sous-préfectures, qui n’entraînait guère, sous le régime français, qu’une dépense annuelle de 60,000 francs pour les trois départemens, dévore maintenant plus de 300,000 francs par an ; il est vrai qu’à ce prix chaque sous-préfet touche une indemnité spéciale de 4,000 fr. pour l’entretien de la voiture et des deux chevaux jugés indispensables au maintien de son prestige. Les contribuables estiment que c’est les condamner à payer un peu cher une chose impalpable et qu’en général il serait temps, aujourd’hui que le budget qu’ils alimentent a si grand’peine à joindre les deux bouts, de réviser dans son ensemble une tarification qui a pour effet d’absorber, comme je l’ai dit, plus de 13 pour 100 des revenus de la province et qui date d’une époque où la magie des milliards avait troublé en Allemagne les saines, notions de l’arithmétique budgétaire. Malheureusement, de ce côté aussi, le mal est devenu pour longtemps irréparable, et le Landesausschuss, quelque rigueur qu’il y mette, ne réussira en définitive à faire, sur les dépenses du personnel et des bureaux des divers services, que des économies de bouts de chandelle. Ce n’est pas, en effet, sans motifs que l’administration allemande a été organisée sur un si large pied : fonctionnaires et employés sont autant de pionniers du germanisme, et