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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/261

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vertu d’une disposition spéciale, de la voix qui lui appartient dans l’assemblée reconstituée.

Les électeurs ne se sont pas laissé rebuter par ces entraves : ils ont réussi du premier coup à introduire dans le nouveau Landesausschuss quelques hommes dont la seule présence suffit à autoriser l’espoir qu’enfin le vrai pays va se faire entendre dans cette assemblée, qui n’avait été pendant six ans que l’émanation d’une sorte de pays légal, trié et réduit jusqu’au grotesque. Ce n’est encore toutefois qu’un commencement : il était inévitable que le parti autonomiste conservât un reste de prépondérance dans ces premières élections, car il a jusqu’à présent régné en maître dans les corps électifs, appelés à concourir dorénavant à la formation de la délégation provinciale ; mais cette situation transitoire se modifiera promptement. Du moment que les moindres élections vont prendre une importance politique et que l’épouvantail du serment a fait son temps, le champ d’action du parti indépendant s’élargit, et c’est dans le pays même et non plus seulement au Reichstag qu’il aura maintenant occasion de prouver, en toute circonstance et à tous les degrés, son influence et sa force. On pourra apprécier ainsi, dans un avenir prochain, à quoi se réduisent les progrès réels de la germanisation et ce qui restera sous peu du bruyant parti autonomiste, qui n’a jamais dédaigné, quoiqu’il s’en défende, de solliciter le bienveillant concours de l’administration et d’aller chercher l’appoint indispensable à ses succès dans l’élément immigré du corps électoral.

Dès sa première session, qui s’est prolongée pendant quatre grands mois, le nouveau Landesausschuss a montré une certaine crânerie d’allures qu’on n’osait guère espérer lui voir prendre si tôt. Il s’est produit dans son sein comme un phénomène d’absorption des nébulosités autonomistes par les élémens plus résolus, plus décidés et plus agissans que les électeurs ont infusés à ce corps en y faisant entrer notamment cinq des députés de l’opposition ainsi que l’ancien député de Thionville qui avait succombé, aux élections dernières, sous la coalition des autonomistes et des Allemands. L’assemblée, se sentant plus nombreuse, est par cela même devenue plus osée et, comme il arrive souvent, ce sont les timides et les trembleurs de la veille qui ont été les plus empressés à afficher leur indépendance et leur audace. On s’est tout de suite mis à prendre le rôle au sérieux et à jouer au petit parlement. Les résultats obtenus ont-ils répondu à une aussi belle ardeur ? C’est une autre question.

Le parti autonomiste a fait grand bruit du droit d’initiative dont la nouvelle organisation a doté le Landesausschuss, et les représentans du gouvernement ont eux-mêmes exhorté à diverses reprises