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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/241

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et de bouleversement intérieurs, de telles transformations s’étaient opérées et s’imposaient au nouvel ordre de choses, le rétablissement du pays dans ses relations intérieures et extérieures était si ardemment poursuivi, qu’une foule de lois, de décrets, de mesures administratives, de projets de toute sorte allaient se succédant et apportant chaque jour une nouvelle pièce à l’édifice de notre reconstitution. Il y avait une utilité réelle et comme un devoir de patriotisme à rechercher le lien qui unissait tous ces actes dans un dessein commun, le relèvement de la France, à démêler et à grouper une masse de documens épars, connus aujourd’hui, oubliés demain, qu’il ne serait plus possible de retrouver sans de longues recherches… » Nous ne saurions mieux expliquer le mode de composition qui s’imposait par la force des choses à l’auteur du Recueil. Il a réuni tout d’abord les documens qui, par leur nature, se rattachaient directement à la conclusion de la paix avec l’Allemagne : c’est-à-dire le traité de paix, les nombreuses conventions additionnelles qui le complètent et tous les documens relatifs à la préparation et à l’exécution des engagemens internationaux. Ç’a été l’objet de deux premiers volumes, parus en 1872. Rien ne saurait donner une idée plus exacte des liens qui unissent aujourd’hui les peuples civilisés que l’examen des difficultés auxquelles donne lieu le rétablissement de ces liens lorsqu’ils ont été brusquement rompus par la guerre. Cette première portion du Recueil est une sorte de code du droit international conventionnel en vigueur entre la France et l’Allemagne. On y voit vivre le droit international, tel qu’il est compris dans le monde moderne, c’est-à-dire avec ses tendances à la réglementation et la complexité singulière qu’il doit aux relations existant de nos jours entre les différens états. A côté d’un traité solennel de paix et d’amitié, qui eût suffi dans l’ancienne Europe pour que les rapports entre les peupes se renouassent régulièrement, mille détails sont aujourd’hui prévus et réglés par des conventions spéciales : les questions de limites et de douanes, le raccordement des chemins de fer et des canaux, l’entretien des routes sur certains points de la frontière, la protection des œuvres d’art et de littérature, l’extradition des malfaiteurs, etc. Enfin l’abandon de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine a donné lieu à tout un ordre de stipulations particulières relatives au partage des dettes départementales, à la liquidation des comptes des personnes morales, à la nationalité des habitans. On ferait un curieux livre seulement en réunissant et commentant toutes les conséquences de la cession d’un territoire, telle qu’elle a lieu suivant les usages du droit des gens moderne.

Mais si, en 1872, la paix était rétablie et les relations reprises, en fait et en droit, avec l’empire allemand, il s’en fallait de beaucoup que la France fût revenue à son état normal, et M. Villefort a dû se remettre bientôt à l’œuvre pour nous montrer jusqu’à son achèvement ou peu s’en faut,