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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/239

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ni de son pays ; il les jugeait parfois avec sévérité, et dans une lettre à un de ses amis, il laissait échapper ces mots, qui ne sont pas sans à-propos : « L’indécision et l’impotence sont les caractères du temps actuel. Ils n’ont ni idée arrêtée ni volonté efficace sur rien de ce qu’ils font. Ils flottent et suivent le cours de l’eau. » L’habitude d’esprit de M. Guizot cependant était l’optimisme, la confiance. Il se décourageait peu pour son pays, même quand il était personnellement atteint, et dans un jour de crise plus violente, il écrivait : « Je crois très grave la maladie de notre société, et nous sommes dans une des plus honteuses phases de notre maladie ; mais je suis décidé à ne pas croire et je ne crois réellement pas que ce soit là le dénoûment de la glorieuse histoire de la France. Nous nous en relèverons. » La guerre de 1870 l’avait rempli d’angoisse, et à la veille du conflit, il écrivait qu’il savait gré à M. Thiers d’avoir donné ses pathétiques avertissemens, d’avoir dit qu’il « tenait à l’honneur de sa mémoire. » M. Guizot, à la vue des cruels et rapides désastres de 1870, avait pu être ébranlé dans son optimisme, non dans son patriotisme, et au moment d’expirer, entouré de ses enfans, de ses petits-enfans, il murmurait encore le nom de la France : « Il faut, disait-il, servir la France, pays malaisé à servir, imprévoyant et inconstant : il faut le bien servir, c’est un grand pays. » Les politiques peuvent varier avec les circonstances ; les chefs d’état et les ministres peuvent se tromper dans leurs combinaisons, cela s’est vu. La noblesse morale d’une grande vie, d’une âme d’élite s’exhalant dans un dernier souffle de patriotisme, ne trompe pas. Elle est toujours une lumière et un conseil !

Ch. de Mazade.


ESSAIS ET NOTICES.



Recueil des traités, conventions, lois et autres actes relatifs à la paix avec l’Allemagne, publié par M. Villefort, ministre plénipotentiaire, sous les auspices du ministère des affaires étrangères, 5 vol. gr. in-8° ; Paris, Imp. nationale, 1872-79.

Un homme ne peut guère mieux comprendre les événemens qui se déroulent sous ses yeux, qu’un soldat ne peut concevoir l’ensemble d’une grande bataille à laquelle il a pris part. Les choses auxquelles