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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/233

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diffret-Pasquier, M. le duc de Broglie, M. Bocher, ont dévoilé une fois de plus la violente et périlleuse inconsistance d’une politique qui semble ne pas encore se rendre compte des difficultés qu’elle soulève, des crises qu’elle peut déchaîner dans le pays. M. le duc Pasquier, M. le duc de Broglie, ont parlé avec éclat. M. Bocher a précisé et résumé cette situation du moment avec la netteté lumineuse de son esprit, avec cette sincérité émue qui fait le charme de sa parole ; il s’est exprimé en libéral et en politique. Ce qu’il a défendu, c’est la liberté mise en cause et menacée par des mesures condamnées à être forcément arbitraires et persécutrices, si elles ne restent pas impuissantes.

A quel propos donner en pleine paix publique ce signal de guerre et ouvrir cette triste campagne qui atteint à la fois les croyances religieuses et les sentimens libéraux ? Qu’on ait sur les jésuites ou sur d’autres congrégations l’opinion qu’on voudra et qu’on se réserve de sauvegarder l’indépendance de l’état, de la société civile, soit, jusque-là il n’y a rien de plus simple. Est-ce que, aux yeux de certains républicains de peu de loi, la civilisation moderne, la société de la révolution française, seraient si faibles, si peu assurées qu’elles auraient à craindre quelques moines, qu’elles ne pourraient supporter la présence, la liberté de quelques ordres religieux ? Où donc était la nécessité d’invoquer des mesures d’exception, d’aller chercher dans l’arsenal de tous les vieux régimes des dispositions surannées qui datent d’un ordre de civilisation ou d’un ordre politique tout différent, — sur l’autorité desquelles on n’est même pas d’accord ? Si les lois qu’on invoque n’existent pas, a prétendu l’autre jour le chef du ministère, les tribunaux le diront. — Si les lois existent, peut-on dire à M. le président de conseil, à quoi bon vos décrets ? Ils sont inutiles, les lois elles-mêmes suffisent, il n’y avait qu’à les appliquer. Si les lois n’existent pas, si elles ont cessé d’être applicables à un ordre nouveau, les décrets ne leur rendront pas la force et la vie, ils ne sont qu’un acte d’arbitraire. De toute façon, le gouvernement lui-même devait bien avoir ses doutes, puisqu’il s’est cru obligé de faire ses décrets du 29 mars sans s’apercevoir qu’il ne faisait que compliquer la question et se jeter, tête baissée dans une aventure.

Tout en vérité est bizarre et incohérent dans la marche de ces malheureuses affaires. Chose curieuse ! pendant une année entière, on a enflammé les passions avec un article de loi proclamé indispensable. M. le ministre de l’instruction publique a parcouru toutes les routes de France avec son article 7 attaché à son chapeau ! Sans l’article 7 excluant les jésuites de l’enseignement, tout était perdu ; l’état, la république, la société moderne, la France, tout allait périr ! Les lois anciennes ne suffisaient plus ou elles étaient jugées inapplicables. Il fallait au plus vite forger une arme nouvelle contre les jésuites ! Le sénat s’est permis d’avoir une autre opinion, il a repoussé l’article 7, — et aussitôt tout