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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/231

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lisme vient de jeter comme un défi à la loi, aux pouvoirs publics, l’élection d’un condamné de la commune qui est encore à la Nouvelle-Calédonie, qu’on se plaît à appeler un « forçat, » comme pour mieux accentuer la manifestation. Il faudrait un prodigieux optimisme pour assurer que l’amnistie n’est plus considérée comme un droit, « comme une revendication » légitime, lorsque de toutes parts il y a une sorte d’émulation âpre et hautaine de « réhabilitation » des insurgés de 1871, lorsque, changeant tous les rôles, on s’est efforcé de diffamer la répression de mal, de représenter l’armée de Versailles comme portant le massacre dans Paris. Tout cela s’est cependant fait sous nos yeux avec tranquillité, avec hardiesse. Est-ce que l’opinion générale du pays serait mieux préparée, plus vivement prononcée qu’elle ne l’était il y a quatre mois ? Il suffit d’avoir vu depuis peu la province pour avoir la certitude que l’amnistie ne répond à aucun mouvement réel d’opinion, pas même au vœu de beaucoup de républicains, qui restent plus froids, peut-être plus inquiets qu’on ne le dit. Le gouvernement lui-même devait bien avoir ses scrupules, puisqu’il y a peu de temps encore il en était à hésiter, puisque personne n’ignore que, pendant quelques jours, il s’est épuisé en délibérations contradictoires et qu’il a paru un moment plus près d’une extension nouvelle du système des grâces que de l’amnistie plénière. Il a fini par se décider pour l’amnistie : soit ! Ce n’est point évidemment par une inspiration soudaine et spontanée ou parce qu’il a cru à la réalisation complète et définitive des conditions exigées il y a quatre mois par M. le président du conseil. Il faut parler franchement et voir la vérité là où elle est. C’est M. le président de la chambre des députés qui a décidé l’évolution du gouvernement, qui a pressé cette marche « des aiguilles de l’horloge » dont M. le président du conseil a parlé. C’est M. le président de la chambre qui, après avoir aidé le ministère à arrêter son opinion, a enlevé le vote de l’assemblée elle-même par son intervention, par un discours retentissant. M. Gambetta a parlé, le ministère a obéi, la chambre a voté : c’est l’histoire de cette proposition d’amnistie par laquelle M. le président de la chambre a espéré sans doute assurer sa position électorale à Belleville, et peut-être se délivrer dès aujourd’hui d’une affaire embarrassante pour mieux préparer sa candidature à la présidence de la république !

Tout n’est cependant pas fini encore : que va-t-il maintenant arriver ? Déjà on a pu remarquer que, dans la chambre des députés, même après le discours de M. Gambetta, il ne s’est trouvé qu’une majorité extrêmement réduite pour repousser un amendement qui excluait de l’amnistie les incendiaires et les voleurs. La question est bien plus grave devant le sénat, où le principe même de l’amnistie parait être mis en doute, où la commission qui vient d’être nommée se compose en majorité d’adversaires de la proposition du gouvernement. Le sénat, dans