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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/228

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.



30 juin 1880.

Comme il est bien vrai, éternellement vrai, qu’on ne va jamais plus loin que lorsqu’on ne sait pas où l’on va ! Dès qu’on s’est engagé sur ce chemin scabreux de l’inconnu, sans s’être tracé d’avance une direction et des limites, sans avoir une idée précise de ce qu’on doit ou de ce qu’on peut, ou même de ce qu’on veut, tout devient piège et écueil, tentation et péril. Les déviations commencent avec les incertitudes ; les fautes s’enchaînent par une irrésistible logique ; aux difficultés réelles et inévitables, avec lesquelles il faut toujours compter, viennent s’ajouter les difficultés factices, inutiles ou irritantes, nées de la confusion des volontés et des excitations impérieuses, des impatiences aveugles. Le désordre se met dans les conseils et dans la marche ; le mouvement prend bientôt une accélération redoutable, et l’on se retrouve tout à coup, sans y avoir songé, avec toute sorte de questions insolubles, en face de véritables impossibilités, dans une situation la veille encore favorable, le lendemain compliquée de toute façon et singulièrement compromise ; on touche au point où l’on ne peut plus ni avancer, ni reculer, ni même rester en place.

Rien certes sous ce rapport de plus démonstratif, de plus saisissant que ce qui arrive aujourd’hui, que cet état indéfinissable où les complications s’accumulent de jour en jour, où sans raison, sans nécessité, pour obéir à cette sorte de fatalité d’agitation, on se plaît à créer, à préparer une crise aiguë dans un pays qui ne demande qu’à rester tout entier au travail et à la paix. Rien de plus étrange que ce gâchis croissant, il faut bien dire le mot, et les dernières discussions qui se sont engagées dans les deux chambres sur l’amnistie, sur l’exécution des