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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/215

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Cette dignité donnait tant d’importance, même en temps de paix, au personnage à qui elle était conférée, qu’il semblait qu’elle dût revenir toujours à un membre de la famille royale. La situation militaire du duc de Wellington était cependant si haute que personne ne pouvait imaginer qu’un autre que lui dût être commandant en chef, le titulaire actuel ayant disparu ; il fut en effet nommé. Quoique rattaché par ses opinions, par ses tendances, à la fraction politique la moins libérale, il inspirait à tous par son caractère et par l’indépendance de son esprit une confiance telle que les whigs ne pouvaient qu’accueillir avec faveur une nomination qui associait ce grand citoyen aux actes du gouvernement.

Les événemens favorables à l’évolution libérale se précipitaient. Au commencement de l’année 1827, lord Liverpool, que les divisions survenues entre ses collèges commençaient à dégoûter du pouvoir, fut frappé d’apoplexie. Il n’avait pas soixante ans ; les soucis d’une vie d’affaires l’avaient épuisé. Peu d’hommes d’état ont eu une carrière plus brillante. Chef du foreign office, il avait conclu la paix d’Amiens ; il était encore du cabinet qui fournit à Wellington les moyens de soutenir la lutte en Espagne et de gagner la bataille de Waterloo ; pour finir, il resta premier ministre quinze années durant. On ne peut dire qu’il ait jamais eu une politique personnelle, une allure décidée. Partisan de la sainte-alliance avec Castlereagh, il en fut l’adversaire avec Canning ; Sidmouth, qui blâmait la réforme pénale, et Peel, qui la proclamait nécessaire, eurent l’un après l’autre son appui. Vansittart et Robinson furent ses collègues dans l’administration des finances avec des principes radicalement opposés. Lord Liverpool a été l’homme d’une époque de transition. Rendons-lui cette justice qu’il ne résista pas beaucoup plus qu’il ne fallait aux réformes que réclamait l’opinion publique. Il est fâcheux pour sa mémoire qu’il ait été le dernier des premiers ministres avant l’ère nouvelle qui a donné à la Grande-Bretagne le plus haut degré de richesse et de prospérité.


H. BLERZY.