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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/214

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l’agriculture qui souffrit le plus de ce désastre, par cette seule raison sans doute que les lois lui faisaient un régime à part. Les droits de douane sur le blé variaient alors d’une saison à l’autre, suivant l’échelle mobile des mercuriales. Personne n’en était content, ni les cultivateurs qui se prétendaient ruinés par la concurrence étrangère ni les consommateurs qui se plaignaient de payer le pain trop cher. Huskisson se disait prêt à présenter un projet de loi plus rationnel sur le commerce des céréales, et il est vraisemblable qu’il eût réussi à le faire voter malgré l’opposition du vieux parti tory. qui redoutait tout changement. Mais la chambre des communes, élue en 1819, était au dernier terme de son existence. Les ministres ne purent que se faire autoriser à introduire avec le bénéfice d’un tarif réduit quelques milliers de tonnes de blé qui se trouvaient entreposées dans les ports. Puis les élections générales eurent lieu pendant l’été de 1826.

Il fut évident alors que le parti tory, que diverses circonstances avaient maintenu au pouvoir presque sans interruption depuis plus de quarante ans, se désagrégeait. Les membres les plus éminens du cabinet étaient des libéraux, plus rapprochés de s’entendre avec les whigs qu’avec leurs propres partisans. On le vit bien sous le feu des élections, Il y avait alors dans le gouvernement un homme encore jeune qui remplissait depuis 1811 avec autant de modestie que de talent les fonctions de secrétaire de la guerre : c’était Palmerston. Relégué volontairement au second rang lorsque des ministres qui ne le valaient point se maintenaient au premier, absorbé tout entier par les travaux obscurs d’un emploi qui intéressait au plus haut degré la sécurité de l’Angleterre, il avait toutes raisons de compter que les électeurs de l’université de Cambridge lui resteraient encore fidèles. Mais il n’avait pas caché ses sympathies pour les idées nouvelles. Le lord chancelier Eldon, l’attorney-général Copley, lord Bathurst et d’autres membres de l’administration, le combattirent ouvertement. Il faut dire que lord Liverpool ne s’associa pas à cette cabale, et que Wellington et Peel, bien que guidés par des motifs différens, la blâmèrent l’un et l’autre. Au reste, lord Palmerston triompha de ses adversaires : on peut comprendre dans quelle disposition d’esprit il sortit de la lutte, et juger quels sentimens il dut éprouver dès lors pour ce qu’il appelait le « stupide vieux parti tory. »

Ces partisans de la résistance perdaient presque en même temps l’un de leurs plus fermes appuis : le duc d’York, l’aîné des frères du roi, l’héritier présomptif du trône, qui s’était déclaré l’adversaire de toutes réformes, mais qui remplissait avec beaucoup de tact et d’habileté les fonctions de commandant en chef de l’armée.