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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/207

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impopularité était si bien établie, que Peel, quoiqu’ami du gouvernement, refusa de prendre la place devenue vacante. Au lieu de cet orateur puissant, dont la réputation s’était faite peu à peu et commençait à s’imposer, lord Liverpool ne put trouver d’autre champion que Bathurst, beau-frère de lord Sidmouth, administrateur entendu qui avait occupé précédemment avec talent des postes secondaires, mais incapable de tenir tête à l’opposition dans les luttes de la tribune.

Ce ministère, qui s’était forgé des armes nouvelles pour combattre l’agitation des masses, se voyait presque aussitôt empêché d’en faire usage. Toutes les passions populaires qui s’étaient enflammées les années précédentes sur des projets de réformes radicales se ranimaient en 1820 à propos du procès de la reine. La presse qu’il fallait poursuivre, les réunions publiques qu’il fallait interdire en vertu des six lois de lord Castlereagh, n’avaient plus d’autre programme que d’attaquer la princesse Caroline ou de prendre sa défense. Pour comble d’embarras, le plus agressif des pamphlétaires était cette fois du côté du gouvernement. Un certain Théodore Hook, que des succès comme compositeur de musique et de brillantes qualités d’homme du monde avaient lancé dans les salons à la mode, était devenu, par la protection du prince régent, trésorier de l’Ile Maurice. Soit fraude, soit négligence, il s’était fait révoquer bientôt à la suite d’un déficit considérable, et il était revenu dans la métropole, plus pauvre qu’au départ, prêt à faire de son esprit et de sa plume tout ce qu’il convenait d’en faire pour rétablir sa fortune. La feuille périodique qu’il fonda fut remarquée promptement par la vigueur des attaques dirigées contre la princesse eu contre ses partisans. Ceux-ci ne manquèrent pas d’y répondre, mais avec moins de talent et de succès. Les ministres ne pouvaient traduire devant le jury des écrivains qui prenaient sa défense eût-il voulu poursuivre seulement ceux qui l’attaquaient, il n’aurait pas trouvé de tribunaux disposés à condamner. Ces lois d’exceptions que le gouvernement avait invoquées comme sa sauvegarde devenaient inutiles. A défaut de poursuites intentées au nom du gouvernement, une association libre de gens prétendus bien pensans, de pairs, d’évêques, de tories de toutes classes, essaya de faire leur procès aux auteurs et aux imprimeurs de libelles indécens. Vain effort : à peine eut-on obtenu de légères condamnations contre deux ou trois des plus misérables que personne ne voulut plus faire partie de l’association. Les plus zélés avaient honte de prendre part à cette œuvre de police. La liberté de la presse était vraiment bien entrée dans les mœurs de la Grande-Bretagne, puisque personne ne voulait plus avoir l’air de lui faire obstacle.