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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/199

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toujours l’embarras du moment. Le comité des finances de 1817 émit l’avis qu’il convenait de supprimer les emplois inutiles. Il était plus facile de le dire que de le faire. Les sinécures richement payées étaient devenues en quelque sorte un organe de gouvernement. Il semblait naturel qu’un homme, après avoir occupé de hautes fonctions publiques, ne rentrât pas dans la vie privée, fût-ce comme simple membre du parlement, sans une dotation qui lui permît de conserver une existence fastueuse. On supprima quelques titres superflus avec les émolumens que l’usage leur attribuait ; par compensation, les chambres accordèrent au roi la faculté de distribuer sous forme de pension viagère la moitié des économies provenant de ces suppressions. L’abus que l’on détruisait d’un côté renaissait à l’instant sous un autre nom.

Troubles intérieurs, embarras budgétaires, telle était la situation politique à la veille des élections générales de 1818. La chambre des communes était impopulaire parce que, sauf la création des caisses d’épargne et quelques votes de fonds pour les travaux publics, elle s’était fort peu occupée des besoins du pays. Le ministère était plus impopulaire encore. Il avait tout fait pour s’aliéner les sympathies de l’opinion, car il avait continué pendant trois années de paix une politique de compression que la guerre même ne justifiait pas, qu’elle excusait tout au plus. Pourtant il n’était pas contesté d’avance que les élections dussent lui être favorables, puisque plus de la moitié des sièges étaient à la disposition soit du gouvernement, soit des pairs qui votaient avec lui. Tout l’intérêt de la lutte se reportait sur une centaine de collèges. En somme, quinze ou vingt candidats de l’opposition l’emportèrent sur ceux du ministère Liverpool. Par malheur, le parti whig perdait ses principaux chefs. Ponsonby, dont le caractère et l’autorité savaient entraîner parfois le parti tout entier, jusqu’aux grenvillites, dans une action commune, Ponsonby était mort depuis quelques mois. Romilly, Horner, mouraient aussi. L’opposition était plus nombreuse ; elle comptait dans ses rangs élargis moins de champions capables de tenir tête au cabinet.

Des élections de cette nature étaient faites pour aviver les réclamations de ceux qui voulaient une réforme parlementaire. Au surplus, les événemens favorisaient de nouveau les agitateurs, car la misère était grande dans les centres manufacturiers. Les ouvriers sans travail commençaient à s’unir en association dans le dessein de peser sur les décisions des patrons ; on pouvait prévoir qu’une fois organisés, ils ne tarderaient pas à manifester leurs tendances politiques. Quelques membres des communes appartenant à la fraction modérée du parti whig prirent eux-mêmes l’initiative d’un projet