Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/191

Cette page n’a pas encore été corrigée


George III, pas d’innovation sous mon règne. » Lord Eldon se le tint pour dit ; de mauvais plaisans prétendirent même qu’il prit ce mot pour devise. Il n’y eut pas un projet de réforme, si grave ou si futile qu’en fût l’objet, auquel il ne s’opposa pendant les vingt-cinq années qu’il fut lord-chancelier.

Lord Sidmouth, secrétaire d’état de l’intérieur, était encore un homme de loi, mais de médiocre capacité. Fils d’un médecin, le docteur Addington, qui avait soigné lord Chatham, il dut à l’intimité de William Pitt d’entrer au parlement et, de là, dans les emplois publics. Il présida la chambre des communes à la satisfaction de tous. On admet en Angleterre que la présidence, par cela même que celui qui l’exerce doit être indépendant de l’esprit de parti, ne conduit pas au ministère. Cependant, par une nouvelle preuve d’affection, Pitt le désigna comme le plus capable d’être son successeur, lorsqu’un désaccord avec George III, au sujet des catholiques, contraignit le cabinet de se démettre en 1801. Addington n’était pas l’homme des grandes conceptions. Il conclut la paix d’Amiens que le premier consul lui offrait ; le pays lui en sut gré. Ce succès l’étourdit ; se croyant de force à compter avec Pitt, il ne réussit qu’à se brouiller avec lui. Après avoir voulu traiter d’égal à égal avec le plus grand ministre qu’ait eu l’Angleterre, Addington, devenu lord Sidmouth comme récompense de ses services, était rentré au second rang dans une administration dont lord Liverpool était le chef.

L’habitude existait alors que le cabinet fût composé pour la majeure partie de membres de la chambre des lords. C’était en quelque sorte une tradition, attestant que l’influence de la chambre héréditaire prédominait, à tel point que, dans le cabinet du duc de Newcastle, au début du règne de George III, il n’y avait eu qu’un seul commoner. La situation avait changé, en ce sens du moins que les capacités se rencontraient plus nombreuses dans la chambre des communes. Le cabinet de 1815 avait d’un côté lord Eldon ; mais il avait de l’autre lord Castlereagh, Vansittart, Bathurst et quelques autres d’aussi peu de réputation. Le premier n’était pas un orateur, c’est incontestable. Tout jeune, il était entré dans le parlement d’Irlande, — l’union des deux royaumes n’eut lieu qu’un peu plus tard, — après une lutte électorale scandaleuse dans laquelle son père, lord Londonderry, se vantait d’avoir dépensé 60,000 livres. En qualité de secrétaire en chef pour l’Irlande, il prit part à un trafic inavouable d’emplois et de fonctions honorifiques en vue de faire consentir les assemblées délibérantes de cette île à l’union complète avec la Grande-Bretagne. Par cet apprentissage peu délicat de la vie publique, son esprit s’était délié ; il