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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/186

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péril, l’exhortaient à modérer son ambition. « Quel homme en passe de monter plus haut, répondait-il, se refuse jamais à courir la chance offerte ? Vous parlez de modération ; cela vous est facile. Venez vous mettre à ma place, nous verrons ce que vous ferez. Après tout, si je succombe, l’histoire dira que le jour de la Présentation de Notre-Dame, on m’a vu assister à la cérémonie, seul sur le banc de la grandesse, à côté de mon roi. » Les honneurs l’enivraient.

Il y eut toujours en effet, un peu de l’andalous gracioso dans le personnage de Valenzuela. L’artiste subsista dans le politique ; l’homme des grandes affaires demeura marqué au type si original de la race. Dans le trajet de Madrid à Consuegra, les hommes de son escorte s’arrêtèrent pour coucher à l’étape d’Illescas. Du logement qu’il occupait, le prisonnier entendit tout à coup les sons d’une guitare. L’instrument n’était pas d’accord. Il se le fit apporter, l’accorda lui-même, et se mit à en jouer de manière à charmer tous les assistans. — Il a laissé cinq ou six volumes d’écrits composés en grande partie à Cavité, et revus à Mexico. Ces volumes comprennent des Discours politiques et satiriques, dans le genre de Quevedo, un drame de Sophonisbe en sextetos, un grand nombre de poésies mêlées, de comédies, de saynètes, de livrets d’opéras, parmi lesquels il faut remarquer celui qu’il composa à l’occasion du second mariage du roi avec Marie de Neubourg, sous ce titre : Sin mudar de sentir, mudar de afecto. Ses vers ont de la douceur, de la grâce, du sentiment ; mais le style en est gâté par le cultisme. Son Mémoire au roi, daté de Mexico, pourrait être signé de Gongora.

Les diligens éditeurs du tome LXVIIe des Documens inédits ont retrouvé et publié un portrait authentique de Valenzuela, peint par Garcia Hidalgo, dans la manière de Velasquez. Ce portrait est à mi-corps. Valenzuela est vêtu avec élégance. Il porte ces longs et beaux cheveux noirs dont parle Mme d’Aulnoy. Le front est élevé, la figure ovale et régulière, les yeux grands et doux, la bouche railleuse. L’expression de la tête est intelligente, sans rien toutefois qui rappelle l’ampleur des traits du visage de Mazarin ou la mine redoutable du cardinal de Richelieu.

L’Académie de Madrid a ramené à propos l’attention sur ce personnage trop oublié de l’histoire, qui, sans avoir laissé dans le passé la trace lumineuse du passage des grands hommes, n’en demeure pas moins intéressant à plus d’un égard.


EUGENE BARET.