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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/184

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maintenant à la cour une jeune et charmante reine qui avait beaucoup d’empire sur l’esprit de son époux. Il était donc de la plus haute convenance de ne pas précipiter ce retour. De là les ménagemens successifs qui y furent apportés.

Vers l’an 1690, le rappel définitif de Valenzuela était regardé par sa famille comme extrêmement probable et même comme prochain. La mort l’empêcha de s’accomplir.

Dans le jardin de la maison qu’il occupait à Mexico, Valenzuela, conservant tous les goûts du cavalier élégant, s’amusait à dresser un cheval au piaffer. L’animal, très doux jusqu’alors, était placé dans les piliers, selon l’usage. Son maître, pour l’exciter, lui donna plusieurs coups de baguette et passa ensuite derrière lui, se dirigeant de l’autre côté. Il en reçut en ce moment dans le bas-ventre une ruade qui le renversa. Relevé aussitôt par ses serviteurs, Valenzuela fit quelques pas dans le jardin ; mais, ayant porté la main à sa blessure et, la retirant toute pleine de sang, il fit appeler son médecin, le docteur don Juan Oliver. Celui-ci ne jugea pas la blessure dangereuse et se borna à prescrire quelques remèdes insignifians. Mais le mal empira vite. Une fièvre ardente se déclara au bout de quelques jours. Le malade perdit l’usage de la parole, tout en conservant la possession de son intelligence, jusqu’à ce que, pris de convulsions, il expira, le 7 janvier 1692, après huit jours de maladie, L’autopsie constata qu’il aurait pu vivre encore longtemps. Le proscrit de don Juan fut honoré de magnifiques funérailles. Le vice-roi l’accompagna à sa dernière demeure, à la tête de sa maison, suivi des cours, des tribunaux, des corporations religieuses, et d’une grande affluence de peuple. Il fut enterré dans la chapelle du couvent de Saint-Augustin à Mexico.

Valenzuela laissait un testament par lequel il chargeait sa veuve de réhabiliter sa mémoire et de poursuivre la restitution de ses biens, dont il déclarait vouloir fonder un majorât sur la tête de son fils unique. Maria de Ucedo n’avait pas besoin d’être excitée à défendre les dernières volontés de son époux. Elle présenta dans ce dessein une requête très habilement et très fortement motivée. Les difficultés renaissaient. On allait se retrouver en face des mêmes inconvéniens qu’on avait sagement résolu d’éviter quelques années auparavant. Sur le conseil d’un magistrat éminent, don Gil de Castejon, il fut décidé en principe que les actes de l’administration de Valenzuela étaient couverts par l’autorité de la régente et par celle du roi, devenu majeur ; qu’il n’y avait pas lieu d’en examiner les détails ; qu’il était séant au plus haut point d’éviter les débats d’un procès ; qu’en conséquence l’affaire serait jugée par le roi, dans sa sagesse. L’arrêt rendu par Charles II maintenait le retrait de la grandesse, mais conservait à l’héritier de Valenzuela le