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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/176

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avait d’admirables. Les soldats fouillèrent de leurs piques jusqu’aux matelas dans la chambre de dona Maria de Ucedo, que gardaient douze hommes, sans la perdre un instant de vue. Ils brisèrent les châsses d’argent ciselé, chefs-d’œuvre de Juan d’Ane, et dispersèrent les reliques. Ils allèrent jusqu’à forcer le tabernacle, pour s’assurer s’il ne renfermait pas quelque trésor. Ils semblaient, dit un témoin oculaire, non pas les soldats d’une armée catholique, mais une horde de religionnaires déchaînés. Loin de les modérer, leurs chefs les excitaient. On était au cœur de l’hiver. Le prisonnier réuni à sa famille ne garda exactement que les vêtemens qu’il avait sur lui. L’ordre royal destiné à garantir la sûreté de sa personne lui fut enlevé. On refusa une mante à sa malheureuse femme, grosse de quatre mois. Son fils, un enfant, avait gardé un petit manchon : cet objet lui fut retiré.

De l’Escurial, Valenzuela fut conduit à Madrid sous l’escorte de trois cents cavaliers, et ensuite au château de Consuegra, sur l’ordre exprès de don Juan. On ne pouvait choisir de prison plus sûre. Malgré les mauvais traitemens dont on l’accabla (on ne lui épargna pas même les chaînes), l’ancien favori supporta cette accablante disgrâce avec une force d’âme peu commune. Son sang-froid ne l’abandonna point, et sa hauteur étonna ses ennemis. Parmi les seigneurs qui se mêlèrent à son arrestation se trouvait le comte de Fuentes, lequel en lui adressant la parole le qualifia simplement de monsieur (señor). — « Votre grâce, lui répondit Valenzuela, aurait bien pu garder pour la circonstance quelqu’une de ces excellence qu’elle me prodiguait au temps où je n’en faisais nul cas, pas plus que de tant de gens que je connaissais très bien pour n’être que de serviles adorateurs de la fortune. — C’est à moi que l’on ose parler ainsi ? interrompit Fuentes. — O le bel exploit, continua le prisonnier, avec un rire sardonique, le bel exploit, vrai ment que cette arrestation de Valenzuela ! On y attache sans doute la restauration de la monarchie, qu’on la confie à de si grands seigneurs… Eh bien ! je le jure, si ma tête doit tomber, ma tête ne tombera pas seule. — Cette ironie dans le sang-froid suppose une conscience assez tranquille. Il avait son secret, qui était celui de bien d’autres, et ne le dissimulait point. Gardé à vue nuit et jour, traité comme un vil malfaiteur, il eut quelques momens de défaillance, dans lesquels on l’entendit s’écrier en soupirant profondément : « Ay ! Animara (anagramme de Mariana), tu me coûtes bien cher ! Ay ! Aranima, que m’importent tes faveurs si je ne puis être sauvé ! » — Ces exclamations furent jugées choquantes dans la bouche d’un homme qui s’était toujours montré fort avare de paroles et d’une discrétion absolue.

Par ordonnance du procureur général fiscal, don Pedro de