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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/155

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Ferdinand son père lui avait donné pour confesseur et qui l’avait suivie en Espagne. Vainement Marie-Anne avait annoncé, conformément aux ordres de son époux, qu’elle n’aurait ni valido, ni valida, et qu’elle gouvernerait de concert avec la junte. Le père Nithard, d’abord nommé conseiller d’état, puis inquisiteur-général, ne tarda pas à être déclaré premier ministre : mesure imprudente, qui heurtait gravement, dès le début, le caractère d’une nation particulièrement connue pour sa haine de l’étranger. Le bon père, il est vrai, avait commencé par se faire naturaliser Espagnol, et même, pour plus de vérité, il avait ajouté un o à son nom.

Ainsi se trouva porté du confessionnal dans le cabinet un religieux plus propre à résoudre des cas de conscience que capable de manier les hommes et de diriger les affaires d’une grande nation. D’un esprit incertain, d’un caractère timide, d’un coup d’œil vague et d’un orgueil excessif, le père Nithard, devenu ministre d’une femme aveuglément confiante, avait, dit M. Mignet, tout ce qu’il fallait pour aider à la ruine de la monarchie espagnole.

Don Juan fut profondément blessé de ce qu’il regardait comme un outrage à ses droits, et la noblesse espagnole partagea ses sentimens. Ces vassaux altiers, descendans des conquérans du sol sur les Maures, compagnons à ce titre plutôt que vassaux de leurs rois, étaient indignés de voir la délégation du pouvoir souverain confiée aux mains d’un prêtre, et surtout d’un prêtre étranger. Don Juan, représentant des ressentimens et des griefs de la grandesse, eut dès lors un parti tout formé et des plus redoutables. Dès ce moment aussi, entre le bâtard légitimé et le premier ministre de la reine, les rapports allèrent s’aigrissant de jour en jour. Le prince, qui avait de l’esprit, accablait son adversaire allemand de sarcasmes et de ridicule. Il ne laissait passer aucune occasion de faire paraître son irritation et son mépris. Le conseil d’état auquel le père Nithard était fort assidu, avait ouvert la délibération sur la question du commandement des troupes destinées à renforcer l’armée de Flandre, dans la guerre que nous appelons des Droits de la reine (1667) : « Je pense, opina don Juan, que l’on doit envoyer le père Nithard ; c’est un saint homme à qui le ciel ne refusera rien. Le poste où nous le voyons est déjà une preuve des miracles qu’il sait faire. » Le confesseur lui répliqua d’un air chagrin qu’il était d’une profession à devoir tout espérer de la miséricorde de Dieu, mais non pas d’être général d’armée. « Eh ! mon père, repartit don Juan, nous vous voyons faire tous le jours des choses plus éloignées de votre profession. »

Le prince accepta cependant la mission qui lui était offerte. Il partit pour la Corogne, où se rassemblaient les vaisseaux et les soldats qui devaient former l’expédition ; mais, sous prétexte que la