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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/154

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la majesté du trône et peut-être par le souvenir des désordres de sa mère, il souhaitait ardemment d’être déclaré infant, ce qui eût réglé sa situation à la cour, en lui donnant le pas sur la grandesse. Il avait demandé cette faveur à son père avec la présidence du conseil d’état. Indigné de cette prétention, l’héritier de Charles-Quint y avait répondu en exilant don Juan à son prieuré de Consuegra. Il refusa même de le voir à son lit de mort. Prince sans couronne, vassal sans suzerain, don Juan se trouvait né pour une situation exceptionnelle mais fausse, dangereuse pour la monarchie, malheureuse pour lui-même.

Par son testament, Philippe IV instituait comme régente et souveraine absolue la reine sa femme, nommant pour l’assister, mais seulement avec voix consultative, un conseil de régence (junta general de gobierno), composé de six membres : le comte de Castrillo, président de Castille, c’est-à-dire chef de la justice et de la police de la monarchie ; don Christoval Crespi, vice-chancelier d’Aragon ; le cardinal de Sandoval, archevêque de Tolède ; le cardinal d’Aragon, inquisiteur général ; le marquis d’Aytona, représentant la grandesse d’Espagne ; le comte de Peñaranda, comme le premier des conseillers d’état. Don Juan fut exclu de ce conseil par la prévoyance de la reine, mais il garda ses entrées au conseil d’état.

La princesse allemande qui recevait de la volonté de son époux la redoutable mission de gouverner une monarchie épuisée, en présence d’un adversaire tel que Louis XIV, était une femme sans capacité et sans expérience, Philippe n’ayant jamais permis qu’elle fût associée aux détails du gouvernement. Son unique préoccupation était la santé de son fils. Elle ne songeait qu’a le faire vivre afin qu’il pût régner. Son instinct maternel l’avertissait que cet enfant chétif, au teint blême, à la lèvre pendante, avait en don Juan un rival des plus redoutables. Elle exécrait ce prince comme rival et comme bâtard, ne gardant avec lui aucune mesure, ne s’exprimant sur son compte qu’en termes grossiers d’injures et de mépris (hijo de p., hijo de b. ). Toutefois, cette princesse à l’esprit borné, absorbée dans les pratiques d’une dévotion bigote, incapable d’entrer dans le sérieux des affaires, était opiniâtre, entêtée, et susceptible de pousser fort loin ses caprices par lesquels surtout elle se gouvernait.

Étrangère et défiante, n’ayant que de l’antipathie pour les Espagnols, « lesquels, disait-elle, caressent de la bouche et mordent avec le cœur, » le premier besoin qu’éprouva la régente fut d’avoir auprès d’elle un conseiller exclusivement dévoué à ses intérêts et à sa personne, capable de suppléer à son insuffisance dont elle avait le sentiment. Ce fidèle et zélé serviteur, elle crut le trouver dans un jésuite allemand, le père Nithard, que l’empereur