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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/153

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jusques sur les degrés du trône de sa souveraine et à gouverner en maître la monarchie de Charles-Quint ? C’est ce qu’il convient d’abord d’expliquer.

Philippe IV avait vu successivement disparaître les nombreux enfans qu’il avait eus de sa première union avec Elisabeth de France, y compris cet infant don Balthasar, sur lequel l’Espagne et son roi fondaient de si grandes espérances. On connaît, au moins par la gravure, son portrait équestre, l’un des chefs-d’œuvre de Velasquez. D’un second et tardif mariage avec Marie-Anne d’Autriche, fille de Ferdinand III et de sa sœur l’impératrice Marie, Philippe ne laissa en mourant qu’un fils, également débile de corps et d’esprit, triste rejeton d’un père a âgé, cassé et mal habitué, » selon l’expression de Louis XIV. Ce fils était Charles II, parvenu alors (1665), à l’âge de près de quatre ans. A cet âge, le jeune prince était encore si chétif, qu’il ne pouvait se passer du sein de sa nourrice ; à peine pouvait-il se tenir debout et même parler. Quand l’archevêque d’Embrun, ambassadeur de France, se présenta pour saluer le nouveau souverain, il remarqua que sa gouvernante, la señora Miguel de Tejada, placée derrière lui, le soutenait par les cordons de sa robe. Il ne prononça qu’une seule parole : Cubrios (Couvrez-vous), et en se retirant, il fut obligé pour se soutenir de saisir la main de sa menina.

A côté de son légitime héritier, Philippe laissait un fils naturel, qu’il avait eu d’une actrice du théâtre del Principe, la Maria Calderon, célèbre par son talent et par les séductions de sa personne, plus encore que par sa beauté. Ce fils était le prince don Juan, que son père avait légitimé de son ; vivant (1643) et fait grand prieur de Castille, — peut-être en souvenir du désintéressement de sa mère, qui, loin d’avoir songé à exploiter sa fortune, ce qui lui eût été bien facile, avec un monarque aussi prodigue que Philippe IV, prit le voile des mains du nonce, depuis Innocent X, et se retira au couvent de Santa Isabel après la naissance de cet enfant. Don Juan, né le 7 avril 1629, était alors à la fleur de l’âge. Parfaitement élevé dans la solitude d’Ocaña, par les soins, du comte duc d’Olivares, don Juan d’Autriche avait de l’esprit, de la culture, beaucoup de courage personnel. Il parlait parfaitement plusieurs langues. Son extérieur avait gardé beaucoup des grâces de sa mère, ce qui, dans un pays amoureux de la forme, lui donnait de la popularité, malgré ses revers comme capitaine. Il avait perdu la bataille des Dunes contre Turenne et avait été battu par les Portugais à la journée de Villa-Viciosa (1665) avec perte de quatre mille hommes, de ses drapeaux et de toute son artillerie.

Ce prince avait au plus haut degré L’orgueil de sa naissance. S’il ne convoitait pas l’héritage de son frère, retenu par le respect de