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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/121

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M. Spencer, que le transformisme sera bientôt au nombre des hypothèses universellement admises par les savants et par les philosophes.

Après avoir fait la genèse des mondes, celle des espèces animales, celle de l’homme, la doctrine de l’évolution s’efforce d’y ajouter la genèse de la conscience morale au moyen d’élémens physiques et sans aucun mélange d’élémens métaphysiques. Si cette explication n’épuise pas absolument tout le contenu de la conscience, du moins elle s’étend fort loin ; il suffira de l’exposer pour le reconnaître. Commençons donc par résumer cette doctrine, librement d’ailleurs et à notre manière, en la prenant dans son sens le plus plausible.

Selon MM. Spencer et Darwin, la cosmogonie des Moïse et des Hésiode, avec ses créations successives ou ses générations de dieux, n’était pas plus fabuleuse que ne l’est encore cette sorte de cosmogonie morale des philosophes spiritualistes, qui attribue à la Divinité ou a un principe supra-naturel les lois du monde moral et les sentimens de la conscience, — commandemens du devoir, satisfaction intime ou remords. Dans les mouvemens de la nature extérieure, tout dérive sans aucun miracle d’un principe fondamental, persistance de la force sous la variabilité de ses effets ; de même, tous les mouvemens du monde intérieur s’expliquent, selon le darwinisme, par ce principe unique que les prédécesseurs de l’école anglaise, la Rochefoucauld, Helvétius, d’Holbach, nommaient l’amour-propre, l’intérêt personnel, la « gravitation sur soi [1]. » L’homme tend au bonheur comme la pierre tombe vers le centre de la terre. L’indestructibilité de la force et celle de l’amour de soi sont deux conséquences parallèles d’une seule et même tendance qui régit

  1. Voir M. M. Guyau, la Morale d’Epicure et ses rapports avec les doctrines contemporaines, page 271.