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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 39.djvu/957

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blicains : il faut avant tout savoir ce qu’on fait et marcher avec mesure dans une voie où les erreurs ont leurs conséquences.

La vérité est que, dans toutes ces prétendues réformes financières ou administratives d’aujourd’hui, il y a trop souvent des calculs de parti, une dangereuse impatience de popularité, un médiocre sentiment de la proportion des choses et un certain décousu. Tout se fait un peu au hasard, et on veut tout faire à la fois au risque d’être obligé de tout défaire le lendemain. La prospérité évidente de nos finances, l’essor croissant des recettes sont une tentation de plus pour les esprits aventureux, et M. le ministre Magnin lui-même a peut-être à son tour cédé au besoin d’avoir au plus vite sa réforme en venant au dernier moment proposer un dégrèvement de 60 millions sur les sucres. Soixante millions, c’est assurément une affaire de quelque importance ! Le dégrèvement proposé par M. le ministre des finances peut être accepté ou contesté, il sera sans doute l’objet d’un examen sérieux. Il aurait mieux valu dans tous les cas qu’il ne parût pas improvisé pour la circonstance, qu’il n’arrivât pas à la chambre aussi tardivement, lorsque la discussion du budget, réclamée par le gouvernement lui-même, va s’ouvrir, lorsque plusieurs rapports sont déjà déposés, quand on devrait être à peu près fixé sur les conditions générales de la situation financière. Voilà coup sur coup deux exemples du même genre. La loi des patentes, il faut la voter au plus vite, M. le ministre des finances la demande, parce que si elle n’est pas promulguée en août, les rôles ne pourront pas être faits et l’application de la loi nouvelle ne pourra pas commencer au mois de janvier prochain. Le dégrèvement sur les sucres, il faut se hâter de le voter, parce que si on ne se hâte pas, le temps manquera pour le faire passer dans la réalité. Tout cela est vraiment assez confus, assez agité.

C’est soulever bien des questions à la fois, et lorsqu’on procède ainsi, lorsqu’on se livre à ces effervescences d’initiative sur toute chose, quelle autorité peut-on avoir pour retenir le conseil municipal de Paris, qui, lui aussi, à côté de la chambre, prétend déployer son génie réformateur dans les affaires financières comme dans tout le reste ? Le conseil municipal de Paris, en effet, s’est transformé pendant quelques jours en parlement, et ce qu’il y a de curieux, c’est que M. le ministre des finances, sans avoir prévu peut-être les conséquences de ce qu’il faisait, a été la cause de toute cette explosion d’éloquence municipale. M. le ministre des finances a offert à la ville de Paris la très modeste remise d’un petit droit sur les vins, à la condition que la ville elle-même compléterait le dégrèvement par une diminution des droits d’octroi. La proposition de M. le ministre des finances, à vrai dire, a eu par elle-même peu de succès ; elle n’a été qu’un prétexte pour le conseil municipal, qui s’est mis aussitôt en devoir d’ouvrir un débat en règle et de