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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 39.djvu/950

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vienne d’une autre cause, qu’il soit ailleurs ; il est évidemment dans la manière de pratiquer les institutions, dans les idées et les procédés par lesquels on prétend inaugurer une domination exclusive de parti. Le mal profond et dangereux est dans la situation absolument dénuée de garanties et de fixité qu’on tend à créer en France : situation de plus en plus étrange, il faut en convenir, où l’on ne sait pas même réellement qui règne et qui gouverne, où l’on ne peut distinguer ni la mesure des exigences d’une majorité sans cohésion ni la limite des concessions d’un ministère livré à toutes les influences, où, en fin de compte, au lieu de s’occuper sérieusement des affaires sérieuses, on remue tout, on ébranle tout pour laisser tout en suspens. Il faut voir la réalité des choses sans illusion. On ne sait plus trop ni ce qui arrivera, ni ce qui pourra être évité, ni ce qui reste hors de contestation dans l’organisation nationale. Voilà le mal, qui n’est point sans doute inhérent à la république elle-même, surtout à la république constitutionnelle telle qu’elle a été présentée au pays, mais qui est presque fatalement le résultat de cette sorte d’émulation agitatrice et désorganisatrice déguisée depuis quelque temps sous le nom de politique républicaine.

Les hommes de parti qui, avec le secours des complaisances ou des défaillances ministérielles, ont contribué à créer cette situation aussi dangereuse que difficile, croient probablement servir la république. Ils ont surtout une prétention : ils veulent tout refaire ou tout remanier sous prétexte d’accomplir les réformes qui sont la conséquence nécessaire, l’accompagnement indispensable de la république. Ils ont été longtemps contenus, ils ont maintenant toute liberté, tout pouvoir, et ils en profitent. Leur illusion et leur erreur est de croire que tout ce qui satisfait leurs passions répond nécessairement à un vœu ou à un intérêt réel du pays ; leur désastreuse méprise est de confondre l’agitation avec les réformes et de compromettre justement les réformes par leurs fantaisies d’agitation, par leur impatience et leurs témérités d’innovation universelle. Des réformes, rien de mieux à coup sûr, rien de plus séduisant. Croit-on seulement qu’une telle œuvre, même quand elle est reconnue nécessaire et utile, puisse être accomplie sans réflexion et sans maturité ? croit-on aller bien loin dans la voie du progrès en livrant des propositions improvisées à des commissions sans expérience, en essayant de détruire aujourd’hui ce qui a été décidé il y a quelques années à peine, en cherchant dans un changement de législation une satisfaction de parti, un expédient de représaille, un moyen d’exclusion ou d’épuration ? Avec cela on ne fait évidemment rien de sérieux, rien de pratique ; on discrédite et on ébranle des institutions sans les remplacer, on s’expose quelquefois à introduire dans de simples lois fiscales les anomalies les plus étranges, les plus inattendues ; on met partout