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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 39.djvu/478

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pour substituer à la politique de libérale modération ce qu’on veut bien appeler aujourd’hui par un euphémisme la politique républicaine.

Le gouvernement a cru peut-être qu’en livrant les congrégations religieuses, en concédant aux ardeurs de secte et de parti les décrets du 29 mars, il retrouverait une certaine liberté, il se donnerait une certaine force pour résister sur d’autres points menacés : il s’est trompé. Il ne s’est point aperçu qu’en se jetant dans le courant, il s’exposait à être entraîné sans pouvoir se retenir, qu’en s’associant lui-même à cette déviation qui se poursuit, il s’affaiblissait et se désarmait, il n’était plus maître de ses résolutions. C’est là qu’il en est aujourd’hui. Le ministère, nous n’en doutons pas, a toujours l’intention de ne pas dépasser une certaine limite; il sent la nécessité de ne pas tout livrer à ceux pour qui le cléricalisme n’est pas le seul ennemi, qui, sous prétexte de réformes, s’efforcent de porter la désorganisation partout, dans l’administration, dans la magistrature, dans l’armée. Oui, le ministère ne demanderait pas mieux quelquefois que de s’arrêter, il essaie de résister; en réalité, il n’a pas de point d’appui, et tous les ministres l’un après l’autre, depuis M. le président du conseil jusqu’à M. le ministre de la guerre, depuis M. le ministre de l’instruction publique jusqu’à M. le garde des sceaux, tous les ministres ont pu éprouver depuis quelque temps que, dans la voie où ils sont entrés, ils ne disposent pas de leur volonté. Ils sont liés par les gages mêmes qu’ils donnent chaque jour. Les concessions qu’ils font leur sont à peine comptées, — il faut qu’ils marchent, qu’ils aillent jusqu’au bout sous l’aiguillon qui les presse. S’ils s’arrêtent, s’ils ont l’air de vouloir faire face à des exigences trop criantes, ils sont aussitôt menacés; ils risquent de disparaître obscurément, sans gloire et sans profit, dans quelque échauffourée. Voilà comment les choses se passent ! Il faut céder, céder toujours ou périr, et on le voit bien par ce qui est arrivé hier encore à M. le ministre de l’intérieur, par cette aventure toute récente qui n’est après tout qu’un incident significatif de plus, un épisode de notre politique dans la phase où elle est entrée.

L’histoire est certainement curieuse : dans la séance d’hier une crise ministérielle a pu un moment naître de la discussion de quelques articles de la loi qui doit réglementer le droit de réunion. Oui, en vérité, M. le ministre de l’intérieur a beau multiplier les preuves de sa bonne volonté républicaine, il a beau avoir signé les décrets du 29 mars : il a failli être renversé comme un athlète de la réaction, des principes conservateurs ou de l’ordre moral ! De quoi s’agit-il donc dans ces deux articles qui ont été l’occasion d’une si terrible bataille? Il s’agissait d’abord de savoir si les préfets, comme représentans du pouvoir central dans les départemens, garderont la faculté de suspendre temporairement une réunion publique dans le cas où il y aurait menace pour l’ordre. Il s’agissait encore de savoir si un agent de l’ordre public assisterait