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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 39.djvu/420

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UN
POÈTE LYRIQUE ESPAGNOL

DON GASPAR NUNEZ DE ARCE.


I.

L’Espagne est une terre féconde en poètes et, si l’on remonte aux causes de cette heureuse fécondité, ce n’est pas seulement dans la douceur de son climat qu’il faut les chercher, la beauté de ses femmes, l’éclat de son ciel, la magnificence ou la terrible grandeur de ses paysages ; ni dans les souvenirs d’un glorieux passé qui est encore pour les fils du pays un regret et une espérance, ni dans cette langue harmonieuse qui se prête admirablement à l’expression des nobles pensées : c’est surtout dans une prédisposition naturelle que l’Espagnol apporte en naissant, qui l’invite à la poésie et le pousse à chanter. Chez nous aussi, sans doute, il n’est fils de bonne mère qui n’ait fait des vers à vingt ans, à l’âge où les passions s’éveillent et où le cœur commence à parler ; mais c’est le plus souvent feu de paille. Là-bas, au contraire, la muse sourit à tous, et la verve ne tarit pas. Chacun à l’occasion, même parmi les gens du peuple, sait agréablement tourner un couplet. Il n’y a point, à proprement parler, de séparation bien tranchée entre la prose et la poésie, et l’on en use indifféremment selon les besoins du sujet ou l’inspiration du moment ; le fait certain, c’est que la plupart des écrivains espagnols montrent la même aisance, la même souplesse en l’un