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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 39.djvu/240

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même de la comédie et un peu de charivari, avec accompagnement de rixes, de sergens de ville et de gendarmes. M. le ministre de l’instruction publique en pensera ce qu’il voudra, il pourra dire encore que ceux qui lui reprochent ses voyages sont des hommes politiques qui, s’ils étaient ministres, n’oseraient pas voyager: c’est une manière de mettre sa propre vanité à l’aise. Tout cela n’empêche pas, que dans cette recherche du bruit, il n’y ait un certain ridicule et il y a même quelque chose de plus que du ridicule.

Parlons sérieusement. Que M. le ministre de l’instruction publique, dans le sentiment de son devoir, jugeât utile de visiter les provinces, d’aller s’assurer par lui-même de l’état moral et matériel des maisons d’enseignement, du niveau des études, des progrès à réaliser, ce serait tout simple et parfaitement convenable. Que, dans une circonstance comme celle qui l’a récemment appelé à Lille et qui peut certainement se reproduire sur d’autres points de la France, il tienne à relever par sa présence la fondation d’une grande école, il n’y a là rien que de naturel; mais tout cela devrait être fait simplement, sérieusement, sans vaine ostentation, sans cette affectation visible à courir après la popularité et les manifestations. Est-ce qu’il n’est pas étrange qu’un ministre de l’instruction publique allant présider à une cérémonie locale, à une fête universitaire, semble courir au-devant des manifestations et s’expose à entendre proférer autour de lui, dans une intention de flatterie, des cris contre un des pouvoirs publics, en faveur d’un article repoussé par une des assemblées légales du pays? M. le ministre de l’instruction publique ne pouvait ignorer que, dans une cité comme Lille et dans toutes ces contrées du Nord, il y a de sérieuses et fortes croyances catholiques partagées par une partie considérable de la population, si bien que, dans tout ce mouvement religieux, on voit le nom du président du tribunal de commerce. Il savait que les dernières discussions sur l’enseignement, que les décrets du 29 mars avaient excité une vive émotion. Était-ce le rôle d’un membre du gouvernement d’aller, dans de telles circonstances, ajouter à ces excitations et mettre les passions aux prises, en faisant de la fondation d’une école laïque une manifestation retentissante contre les écoles catholiques, contre le «cléricalisme? » A quel titre d’ailleurs, avec quelle délégation, M. le ministre de l’instruction publique a-t-il cru pouvoir parler au nom du cabinet tout entier, exposer la politique générale du gouvernement?

Ce qu’il y a de plus sérieux ou de plus caractéristique, c’est que voilà la seconde fois que M. Jules Ferry se laisse emporter par sa vanité à cette usurpation. L’an dernier, il allait porter, à travers tous les chemins du Midi, l’évangile de l’article 7, sans avoir reçu aucune mission du chef du cabinet d’alors, M. Waddington, qui, en blâmant ces intempérances, ne se sentait pas la force de les réprimer. Aujourd’hui M. le ministre de l’instruction publique s’en va à Lille : il parle au nom du