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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 38.djvu/964

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M. de Bismarck, dans son impatience de dominateur, ne s’est peut-être point assez aperçu qu’il divulguait un peu brutalement ce qu’on peut appeler le « secret de l’empire. » Il a par trop laissé voir que les conditions constitutionnelles qu’il a lui-même créées ne sont rien dès qu’elles deviennent un obstacle à sa volonté. Il a montré une fois de plus, aux yeux du monde, ce qu’il y a de personnel dans une œuvre qu’il soutient, sans doute, de toute la force de son caractère tant qu’il est là, mais qui l’oblige à des efforts constans de prépotence, qui l’entraîne à ne pas même respecter ce qu’il a fait le jour où il a constitué l’empire d’Allemagne. La distribution des voix dans le con ? eil fédéral peut offrir des anomalies, et il est peut-être étrange, au point de vue de l’unité allemande, que quelques petites principautés suffisent à balancer, dans un scrutin, la puissance de la Prusse. Cela a été fait ainsi par le chancelier lui-même. Si aujourd’hui quelques réformes constitutionnelles paraissent nécessaires, comme l’a dit l’empereur Guillaume, ces réformes pouvaient être réalisées sans bruit, avec quelques ménagemens pour les confédérés.

Pourquoi M. de Bismarck a-t-il cru devoir faire un éclat à ce propos ? C’est là en réalité la seule et vraie question. Il n’est point impossible que le chancelier de Berlin ait saisi cette occasion pour frapper un coup un peu rude, comme il le fait souvent, pour intimider les résistances, les dissidences, les tendances particularistes et pour préluder à quelque concentration nouvelle de pouvoirs. Il n’est pas impossible non plus quïl ait cédé dans un premier moment, jusqu’à un certain point, à la vive impression de quelque événement extérieur qui a dérangé ses calculs. Évidemment les élections anglaises ont été un mécompte pour lui : il croyait et il tenait à la victoire de lord Beaconsfield. Il comptait, dans une mesure qu’il serait difficile de préciser, sur l’Angleterre pour le succès de ses propres combinaisons. Il voyait du moins dans un ministère tory, dont il connaissait les chefs, une garantie de plus. On a été visiblement déçu à Berlin, on l’a été encore plus à Vienne, oii les résultats des élections anglaises arrivant coup sur coup ont paru mettre en doute un instant toute une politique. Qu’en sera-t-il de tout cela ? M. de Bismarck s’apaisera en reformant son conseil fédéral, l’Autriche aussi se calmera ou redoublera de circonspection ; l’alliance austroallemande continuera à subsister sans l’Angleterre, — à moins cependant qu’un jour ou l’autre, elle n’ait à son tour la destinée de l’alliance des trois empereurs. La paix de l’Europe n’en sera pas plus menacée l

CH. PS MÀZADE.

Le directeur-gérant, C, Bulo2,