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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 38.djvu/961

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point à compter avec les Irlandais, les home-rukrs. C’est en effet le caractère des dernières élections. 11 reste maintenant à savoir ce que sera le cabinet appelé à recueillir une succession qui peut des ce moment être considérée comme ouverte. La difficulté est moins dans la niajoiité parlementaire qui paraît suffisante, même sans les /10771crulers, que dans la composition d’un ministère assez uni, assez furt pour rallier toute cette majorité. Il s’agit de rapprocher au pouvoir des hommes qui viennent de combattre ensemble sans doute, qui représentent néanmoins des traditions assez différentes, des nuances assez diverses d’opiiiions. Des hommes comme lord Granville, lord Hartington, M. Childers, M. Goschen, M. Lowe sont naturellement désignés pour les principaux postes. Lord Derby, à la suite de l’évolution qui Ta séparé des tories, pourrait être conduit à rentrer aux affaires avec les libéraux. Dans tout cela quelle sera la place réservée à M. Gladstone ? Assurément par son importance personnelle, par la supériorité de ses talens, par l’autorité de son nom et de ses services, par l’influence qu’il a eue sur les élections, M. Gladstone, bien qu’il ait cessé depuis quelques années d’être le leader du parti, semblerait appelé à devenir premier lord de la trésorerie. D’un autre côté, par les excentricités de son éloquence, par ses hardiesses ou ses libertés de langage en matière diplomatique, il s’est créé une position assez difficile, et en fin de compte il serait aussi embarrassant au pouvoir que hors du pouvoir. Un cabinet où il n’enirerait pas— ne pourrait longtemps vivre avec un tel protecteur qui serait le vrai chef de la majorité. Cela se voit peut-être ailleurs ; cela ne se voit pas en Angleterre, pays de vérité parlementaire. De plus, le nouveau cabinet sera nécessairement obligé de faire une place aux radicaux, qui forment un des principaux groupes du parti libéral. Ce ne sera point au surplus une grande nouveauté. M. Bright a été déjà ministre avec M. Gladstone, et dût sir Charles Dilke lui-même entrer dans l’administration qui se formera, il n’en changerait pas le caractère essentiel. De toute façon il est bien clair que le nouveau cabinet sera conduit à proposer des réformes intérieures qui, même avec le concours des radicaux d’ailleurs, ne dépasseront pas certaines limites acceptées d’avance.

Quant à la politique extérieure, qui a joué visiblement un grand rôle dans cette crise anglaise, l’avènement des libéraux n’en modifiera pas

!  : ans doute la direction générale au moins dans les premiers temps. 

Les prudentes déclarations de lord Hartington ont suffisamment fixé la mesure dans laquelle le nouveau ministère voudrait rester. Il ne sera sûrement pas disposé, par exemple, à revenir sur le traité de Berlin, à désavouer quelques-uns des résultats acquis par le ministère Beaconsfield. On peut être tranquille, il n’abandonnera pas Chypre ! Il n’est pas moins vrai qu’il y a quelque chose de changé, que la politique