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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 38.djvu/756

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vainqueur se sent frappé dans ses intérêts directs par le seul voisinage du vaincu, qui a eu hâte de se remettre aux entreprises utiles, sur son territoire mutilé, et la fortune de la Prusse est empêchée de voguer, faute de 50 centimètres d’eau ! L’ancien Landesausschuss, saisi une première fois de cette proposition de concours prussien, n’a pas jugé qu’il y eût aux travaux demandés autant d’urgence qu’on voulait bien le dire, attendu que, charbon pour charbon, il suffisait à l’industrie alsacienne de n’en point manquer et de l’avoir à bon prix. Mais la Prusse a tenu ferme et est revenue à la charge cette année. Et comme Prusse, Empire et Alsace-Lorraine, c’est tout un ou peu s’en faut, on a imaginé à Berlin d’englober l’entreprise dans un vaste programme de travaux publics à exécuter aux frais de l’Alsace-Lorraine moyennant un emprunt de 30 millions, ce qui, toutes proportions gardées, équivaudrait en France à une dépense de 700 millions. Le Landesausschuss actuel pense que, dans la situation déjà obérée des finances alsaciennes, c’est là un bien gros denier. Vainement le gouvernement, auquel cet argument a dû un peu coûter, a-t-il insinué qu’il serait digne de cette assemblée de doter l’Alsace-Lorraine d’un pendant au beau programme de M. de Freycinet. Le Landesausschuss est resté froid. On lui a dit encore, pour le décider, que travaux et emprunt ne seront réalisés que petit à petit et qu’on sera toujours libre de s’arrêter en chemin. Seulement, ce que l’administration ne disait pas, c’est qu’elle se réservait de régler l’ordre d’urgence des travaux compris dans le projet, et qu’outre l’approfondissement du canal de la Sarre que la Prusse juge être d’une urgence capitale, ce même projet comprend quantité de petites lignes de chemin de fer auxquels l’empire, de son côté, tient essentiellement, par la raison qu’en prenant la peine de suivre sur la carte le tracé des divers tronçons qu’il s’agit de construire en Lorraine, « dans un intérêt agricole, » est-il dit, et en les mettant bout à bout, on est conduit, par le chemin le plus court, de la place de Metz à celle de Rastadt, à travers une région désolée, que tous les chemins de fer du monde, si « agricoles » qu’ils soient, ne réussiront pas à rendre fertile ni peuplée, aussi le Landesausschuss, après avoir, par politesse, écouté le gouvernement, a-t-il résolument repoussé ce projet d’emprunt qui dissimule trop mal les expédiens auxquels la Prusse et l’empire sont réduits pour essayer de faire supporter à l’Alsace-Lorraine des dépenses auxquelles, seuls, ils ont un réel intérêt. Le procédé n’est d’ailleurs pas nouveau : il n’est qu’adapté aux circonstances présentes. A l’époque où le régime dictatorial permettait encore au gouvernement impérial de gérer par simples décrets les finances alsaciennes, la chancellerie de Berlin ne s’est point fait