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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 38.djvu/475

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 mars 1880.

Voilà où l’on arrive en faisant de la politique avec des fantaisies agitatrices et des emportemens de parti ! Pour des questions mal conçues, mal engagées, on se crée mille difficultés : on soulève des passions qu’on ne peut satisfaire, on livre à l’aventure des intérêts qu’il faudrait sauvegarder, on entraîne dans des complications inextricables un gouvernement auquel on devrait songer avant tout à donner la force et la vie.

M. le ministre de l’instruction publique a vraiment bien réussi avec ses projets désormais ineffaçablement marqués de son nom. S’il avait voulu rester dans les limites de ce qui était possible et désirable, il aurait pu accomplir sans bruit, sans contestation sérieuse, une œuvre aussi utile qu’avouable. Il y a longtemps qu’il aurait obtenu des lois rendant à l’état ses prérogatives aliénées, fortifiant ses droits de surveillance, de contrôle sur l’enseignement tout entier. Il aurait obtenu sans effort des encouragemens, de l’argent, un concours empressé pour le développement de l’instruction à tous les degrés ; mais ce n’était pas assez pour ses ambitions réformatrices ! Il a malheureusement préféré introduire la politique et l’agitation dans le paisible domaine de l’enseignement. Il a voulu mettre à ses projets la cocarde aux couleurs criantes, ce merveilleux article 7 qu’il est allé promener comme un « symbole, » comme un « drapeau » sur toutes les routes du midi, en convertissant au siboleth « laïque » les petits enfans ! Il a fait il y a six mois cette triste campagne, équipée de ministre échappé, qui n’était pas exempte de ridicule, qui lui a été rappelée l’autre jour avec une impitoyable ironie, — et à quoi est-il arrivé ? On l’a vu et on le voit encore. M. le ministre de l’instruction publique a mis en mouvement des passions auxquelles il serait bien embarrassé lui-même de donner tout ce qu’elles demandent. Il a livré aux disputes violentes, périlleuses